La fondation philanthropique d’OpenAI lance un programme de financement destiné à produire des jeux de données scientifiques de grande qualité, considérés comme le principal frein à l’application de l’intelligence artificielle à la biologie et à la médecine.
Le manque de données fiables et structurées constitue aujourd’hui l’obstacle majeur à l’utilisation de l’intelligence artificielle dans la recherche médicale. C’est le constat qui a conduit la fondation d’OpenAI, branche caritative de l’entreprise américaine, à lancer un programme baptisé « Public Data for Health », doté de plusieurs dizaines de millions de dollars, dont l’objectif est de financer la création de jeux de données scientifiques accessibles aux chercheurs.
Parmi les projets retenus figure une idée originale : récupérer les archives de sociétés de biotechnologie ayant fait faillite. Ces entreprises accumulent, au fil de leurs travaux, des volumes considérables de documents réglementaires, de données de sécurité et de stratégies de développement, habituellement protégés comme secrets commerciaux. En rachetant ces fonds lors de procédures de liquidation judiciaire, il serait possible de constituer une bibliothèque de connaissances sur le développement des médicaments, aujourd’hui largement inaccessible. Ce projet, porté par l’association 1Day Sooner, qui représente des volontaires participant à des essais cliniques, a reçu une subvention de 500 000 dollars.
L’idée avait été formulée l’an passé par Ruxandra Teslo, analyste spécialisée dans les essais cliniques. Elle souligne que le processus d’approbation des médicaments reste opaque, notamment pour les petites entreprises : « Environ 70 % de l’argent et du temps consacrés au développement d’un médicament sont absorbés par les essais cliniques, mais ce processus reste fondamentalement une boîte noire. » Selon elle, nourrir une intelligence artificielle avec ces données permettrait d’en faire un véritable expert des procédures réglementaires, capables d’aider à accélérer la mise sur le marché de nouveaux traitements.
Josh Morrison, président de 1Day Sooner, estime que l’acquisition de copies non exclusives de ces bases de données ne coûterait que « quelques dizaines de milliers de dollars » par dossier. Son organisation dispose déjà de trois jeux de données, dont deux ont été cédés par Lumen Bioscience, une société de biotechnologie. Deux autres tentatives d’acquisition ont cependant échoué cette année, les offres n’ayant pas été retenues.
La fondation a également annoncé une dotation de 40 millions de dollars à l’université de Caroline du Nord à Chapel Hill, pour collecter des données sur de nouveaux vaccins contre le cancer, ainsi qu’un soutien à OpenAdmet, un collectif organisant des compétitions scientifiques autour de la prédiction des effets des médicaments. Son plus grand don à ce jour, de 100 millions de dollars, avait été accordé en août à la Common Health Coalition, une organisation facilitant l’accès aux traitements contre l’hépatite C.
La fondation, qui emploie encore de nombreux postes à pourvoir, a commencé à distribuer des subventions seulement cette année. Elle vise un milliard de dollars de dons d’ici la fin de l’exercice. Sa capacité financière est considérable : détenant 26 % du capital d’OpenAI, dont une introduction en Bourse est envisagée à une valorisation d’environ mille milliards de dollars, elle pourrait devenir la plus riche organisation caritative au monde, avec une participation estimée à 250 milliards de dollars, devant la Fondation Gates et ses actifs associés, évalués à environ 180 milliards de dollars fin 2025.
Ces initiatives interviennent dans un contexte de vif débat sur les risques liés au développement rapide de l’intelligence artificielle. La semaine dernière, le directeur général d’OpenAI Sam Altman et le fondateur de xAI Elon Musk ont tous deux soutenu un appel du patron d’Anthropic, Dario Amodei, à « ralentir le rythme d’amélioration des capacités des modèles d’IA » afin que les mesures de prévention des risques puissent progresser en parallèle.

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