À l’heure où l’Europe tente d’accélérer sa décarbonation, une nouvelle inquiétude monte : l’essor des datacenters pourrait rouvrir la porte aux énergies fossiles. Selon les projections du Shift Project, la consommation électrique de ces infrastructures pourrait doubler d’ici 2030 et tripler d’ici 2035, atteignant près de 370 térawattheures. Un chiffre vertigineux qui place l’industrie numérique au centre d’un dilemme énergétique. Derrière les promesses de l’intelligence artificielle et du cloud, ce sont des hangars remplis de serveurs qu’il faut alimenter en continu. Le rapport du think tank, publié ce 1er octobre, est sans appel : si rien ne change, la trajectoire actuelle des centres de données est incompatible avec les objectifs climatiques européens. Et les alertes se multiplient. L’Agence internationale de l’énergie avait déjà prévenu au printemps que l’appétit électrique du numérique pourrait rivaliser avec celui de l’industrie lourde.
Quand l’électricité verte ne suffit plus
Les datacenters, comparables à de véritables centrales invisibles de consommation, exercent une pression directe sur les réseaux électriques. Or, les capacités renouvelables, bien qu’en hausse, peinent à suivre un rythme aussi effréné. La conséquence redoutée : un recours accru au gaz ou même au charbon pour sécuriser l’alimentation lors des pics de demande. Plusieurs experts alertent aussi sur le risque de saturation des réseaux, déjà fragilisés par la transition, qui obligerait à puiser dans des solutions fossiles de secours. Cette dynamique est d’autant plus préoccupante que certains géants du numérique verrouillent d’avance leur accès aux énergies renouvelables par de vastes contrats, privant d’autres acteurs locaux de cette ressource limitée. Dans ce contexte, la crainte est que l’Europe, pourtant engagée dans une politique de sortie des fossiles, se retrouve contrainte de les prolonger pour alimenter la machine numérique.
Sobriété numérique ou impasse énergétique
Le Shift Project ne se contente pas d’agiter le chiffon rouge. Il appelle à une véritable stratégie de sobriété numérique, allant bien au-delà de l’efficacité technique. Optimiser les codes, réduire les usages superflus, mutualiser les infrastructures, recycler la chaleur fatale, orienter les datacenters vers des zones adaptées : autant de leviers qui, selon le think tank, doivent être activés d’urgence. La Commission européenne prépare un dispositif d’évaluation de la performance énergétique des centres de données, prévu pour 2026. Mais face au calendrier, beaucoup redoutent qu’il arrive trop tard. D’ici là, l’Europe pourrait déjà avoir accumulé un retard en matière de planification et de raccordement des réseaux, au profit d’un secteur numérique en pleine expansion. L’enjeu n’est pas seulement économique mais civilisationnel : continuer à alimenter la croissance numérique sans garde-fous revient à hypothéquer les engagements climatiques. Derrière l’essor de l’intelligence artificielle et du cloud, c’est une question brutale qui se pose : voulons-nous vraiment que nos datacenters dictent le retour des énergies fossiles en Europe ?
Que retenir rapidement ?
À l’heure où l’Europe tente d’accélérer sa décarbonation, une nouvelle inquiétude monte : l’essor des datacenters pourrait rouvrir la porte aux énergies fo