La maire de Los Angeles, Karen Bass, a levé mardi le couvre-feu nocturne imposé depuis une semaine au centre-ville, espérant permettre aux commerces de reprendre leur activité après les manifestations contre la répression migratoire du président Donald Trump. Le couvre-feu, mis en place le 10 juin, visait à contenir les actes de vandalisme et les effractions nocturnes qui ont accompagné certains rassemblements.
Bien que le périmètre du couvre-feu ait été restreint à quelques rues autour des bâtiments gouvernementaux, son impact économique s’est fait durement sentir, notamment dans le quartier historique de Little Tokyo, voisin d’un centre de détention fédéral lourdement surveillé. Là, les vitrines sont restées barricadées et les rues désertées. “On a eu une vague d’annulations, les employés ont perdu des heures de travail,” déplore Don Tahara, propriétaire du Far Bar, un restaurant emblématique du quartier.
Les tensions ont culminé les 8 et 9 juin, lorsque des milliers de manifestants ont défilé contre le déploiement par Trump de la Garde nationale et des Marines à Los Angeles. Des affrontements violents ont éclaté, la police ayant recours à des gaz lacrymogènes et balles en caoutchouc. Des véhicules autonomes de la société Waymo ont été incendiés, et des heurts ont eu lieu jusque dans les rues de Little Tokyo.
Tahara, lui-même petit-fils de migrants japonais internés pendant la Seconde Guerre mondiale, dit comprendre la colère : “Ce qu’on voit, c’est un écho de ce que nos familles ont vécu il y a 75 ans. Le gouvernement fédéral revient pour arracher des gens à leur vie.”
Dans un climat économique déjà difficile, exacerbé par les incendies de forêt survenus plus tôt dans l’année, la hausse des tarifs douaniers et des coûts, ces troubles représentent un nouveau coup dur pour les commerçants. Au Rakkan Ramen, la cheffe de salle Cindy Reyes explique que le couvre-feu a forcé la fermeture du restaurant en plein week-end, un moment crucial pour la clientèle nocturne. “Le service du soir, c’est là qu’on fait nos recettes,” dit-elle.
Plus éloigné des lieux de protestation, le quartier Historic Core, réputé pour sa vie nocturne, a aussi subi des dégâts. Vincent Vong, propriétaire du Rhythm Room, a perdu des dizaines de milliers de dollars après une semaine de fermeture. “Je continue de faire venir mes employés, même si on n’ouvre pas, juste pour qu’ils aient un revenu,” confie-t-il, tout en regrettant un manque de soutien municipal ciblé.
Même si le couvre-feu est levé, la reprise ne sera pas immédiate. “Les gens ne reviendront pas dans un centre-ville qui ressemble à une zone sinistrée,” estime Vong. Comme d’autres commerçants, il tente désormais de redonner confiance à une clientèle encore ébranlée par les images d’émeutes, de vitrines brisées et de rues désertes.