L’université Harvard a saisi lundi un tribunal fédéral pour contester la décision de l’administration du président Donald Trump d’annuler quelque 2,5 milliards de dollars de subventions fédérales destinées à la recherche. L’établissement prestigieux accuse le gouvernement de violer la Constitution et de mener une attaque politique ciblée contre la liberté académique.
Lors de l’audience à Boston, les avocats de Harvard ont exhorté le juge à ordonner la restitution immédiate des fonds supprimés, arguant que ces coupes constituent une représaille politique contre des positions tenues par des chercheurs de l’université et une atteinte directe au Premier Amendement de la Constitution américaine, qui protège la liberté d’expression.
Le gouvernement, de son côté, a rejeté ces accusations. L’un de ses représentants juridiques a soutenu que le libellé des subventions en question laissait au ministère de l’Éducation et aux agences fédérales une certaine latitude pour suspendre ou réduire les fonds, notamment en cas de non-conformité avec les exigences administratives ou budgétaires. Il a également fait valoir que Harvard, en tant que bénéficiaire de fonds publics, restait soumise à des conditions de financement strictes.
Cette bataille judiciaire survient dans un contexte de relations tendues entre le monde universitaire et l’administration Trump, revenu au pouvoir en janvier dernier. Depuis plusieurs mois, des tensions se sont accrues autour de questions liées à la liberté académique, aux politiques d’inclusion sur les campus, et à la gestion des financements publics destinés à la recherche.
Harvard affirme que l’annulation soudaine de ces subventions met en péril des projets scientifiques majeurs dans les domaines de la santé, de l’intelligence artificielle et du climat, menaçant des centaines d’emplois et de bourses de recherche. L’université accuse la Maison Blanche de chercher à « punir » certaines institutions jugées trop critiques envers le gouvernement.
Cette affaire pourrait avoir des conséquences bien au-delà de Harvard, en posant un précédent juridique sur l’indépendance des universités face au pouvoir exécutif. Plusieurs autres établissements de l’Ivy League ont apporté leur soutien à Harvard, craignant d’être les prochains visés.
Le juge n’a pas encore rendu sa décision, mais les audiences à venir s’annoncent décisives pour l’avenir des financements fédéraux dans l’enseignement supérieur. Dans un climat politique de plus en plus polarisé, ce bras de fer entre l’un des symboles de l’élite intellectuelle américaine et une administration populiste promet de faire date.