Le gouvernement de Donald Trump a annoncé lundi que l’université Harvard ne recevra plus aucune nouvelle subvention fédérale tant qu’elle ne se conformera pas à une série d’exigences imposées par la Maison-Blanche. Cette décision marque une nouvelle escalade dans la confrontation entre l’administration Trump et l’une des institutions universitaires les plus prestigieuses des États-Unis.

Dans une lettre adressée au président de Harvard, la secrétaire à l’Éducation Linda McMahon accuse l’université de graves manquements, affirmant que celle-ci aurait permis l’essor de l’antisémitisme, abandonné les standards académiques rigoureux, et restreint la liberté d’expression sur son campus. Pour lever le gel des fonds, Harvard devra entamer des négociations avec le gouvernement et démontrer qu’elle satisfait à ses nouvelles exigences, notamment en matière de gouvernance, de politique d’admission et de diversité des opinions.

L’interdiction concerne spécifiquement les nouvelles subventions de recherche et non les aides financières destinées aux étudiants. Le gouvernement Trump avait déjà gelé 2,2 milliards de dollars de financements pour Harvard et menace désormais de lui retirer son statut d’organisme exonéré d’impôts.

Harvard a fermement rejeté ces injonctions, les qualifiant de représailles politiques. Dans un communiqué publié lundi, l’université a dénoncé une tentative « sans précédent et inappropriée de contrôle » sur une institution privée, évoquant des implications « inquiétantes » pour l’autonomie de l’enseignement supérieur. Elle a rappelé que le gel des fonds constituait une atteinte à ses droits constitutionnels et à la liberté académique.

Le président de Harvard, Alan Garber, a reconnu que certaines critiques sur la gestion de l’antisémitisme et du pluralisme d’opinions n’étaient « pas entièrement infondées », mais il a estimé que l’intervention du gouvernement constituait une attaque frontale contre l’indépendance des universités. « Il s’agit d’une atteinte à l’éducation supérieure elle-même », a-t-il déclaré à des anciens élèves.

L’offensive de l’administration Trump contre Harvard s’inscrit dans une campagne plus large visant plusieurs universités réputées, dont Columbia, Cornell ou encore l’Université de Pennsylvanie. Ces établissements sont accusés de favoriser les idéologies progressistes, d’accueillir des étudiants étrangers jugés hostiles aux valeurs américaines, et de mal encadrer les mouvements pro-palestiniens sur leurs campus.

Malgré ses 53 milliards de dollars d’endowment — le plus important du pays —, Harvard dépend fortement des subventions publiques pour financer ses programmes de recherche. En 2023, l’argent fédéral représentait plus de 10 % de ses revenus. La secrétaire McMahon a suggéré que l’université puise dans son endowment ou sollicite ses riches donateurs pour compenser la perte.

Pour Harvard, la question dépasse largement les aspects financiers. « Nous défendrons la recherche, l’innovation et la liberté académique contre toute tentative de contrôle politique », affirme l’université, déterminée à porter ce bras de fer jusqu’aux tribunaux.

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