Les négociations pour former un nouveau gouvernement aux Pays-Bas s’orientent vers la mise en place d’un cabinet minoritaire, une configuration inhabituelle dans le paysage politique néerlandais, ont annoncé vendredi les dirigeants des trois partis susceptibles de s’allier. Cette option intervient après des semaines de discussions difficiles, dans un Parlement particulièrement fragmenté.
Les pourparlers se poursuivent entre le parti centriste pro-européen Démocrates 66 (D66), vainqueur des élections législatives d’octobre, les démocrates-chrétiens conservateurs et le parti libéral de droite VVD. Ensemble, ces formations ne disposeraient que de 66 sièges sur les 150 que compte la chambre basse, ce qui les obligerait à rechercher au cas par cas l’appui d’autres partis pour faire adopter leurs projets.
« Ce n’était pas une décision facile », a reconnu Rob Jetten, chef de D66, qui pourrait devenir à 38 ans le plus jeune Premier ministre du pays et le premier à être ouvertement homosexuel. Il a admis que gouverner sans majorité claire dans un Parlement polarisé serait un défi, tout en se disant convaincu que des compromis restaient possibles.
Selon Rob Jetten, la future coalition devra notamment convaincre sur les questions de sécurité nationale, un thème sur lequel plusieurs partis ont pris des engagements forts devant leurs électeurs. « Si nous faisons de bonnes propositions, les autres partis seront prêts à dialoguer », a-t-il assuré devant la presse à La Haye.
Cette alliance potentielle serait également minoritaire au Sénat, la chambre haute du Parlement, qui peut bloquer les lois adoptées par la chambre basse, compliquant davantage le travail législatif. Traditionnellement, les Pays-Bas sont dirigés par des coalitions majoritaires, mais la dispersion croissante des forces politiques rend ce modèle de plus en plus difficile à reproduire.
Après les élections d’octobre, les principaux partis traditionnels ont exclu toute coopération avec le populiste anti-immigration Geert Wilders, dont le parti avait provoqué la chute du précédent gouvernement. De son côté, le VVD a rejeté une alliance avec la gauche écologiste et travailliste, seule combinaison qui aurait permis de dégager une majorité confortable.
Le D66 s’est également opposé à l’entrée du parti eurosceptique et conservateur JA21, pourtant susceptible de porter le total de sièges à 75. Faute de consensus, les dirigeants semblent désormais prêts à tenter l’expérience risquée d’un gouvernement minoritaire, dans l’espoir de stabiliser un paysage politique néerlandais profondément morcelé.