SAMROANG, Cambodge, 30 juillet 2025 — Dans un camp de réfugiés de fortune dressé dans la province cambodgienne d’Oddar Meanchey, Yen Luot, 59 ans, observe les tentes alignées dans un champ sec. Autour de lui, ses quatre enfants, leurs conjoints et d’autres familles récemment rapatriées tentent de se réorganiser après avoir fui la Thaïlande, théâtre d’un conflit frontalier soudain avec le Cambodge.
Le cessez-le-feu décrété lundi a mis fin à cinq jours d’affrontements sanglants, mais l’inquiétude reste vive. Comme de nombreux Cambodgiens travaillant à l’étranger, Luot a décidé de rentrer précipitamment chez lui dès les premières nouvelles des violences. « Ils travaillaient tous en Thaïlande avant que les combats n’éclatent », a-t-il expliqué. « J’ai insisté pour que nous rentrions, afin d’éviter d’être attaqués. »
Les tensions ont ravivé de vives craintes, notamment après la diffusion sur les réseaux sociaux de vidéos montrant des agressions présumées contre des Cambodgiens par des nationalistes thaïlandais. Luot, ancien ouvrier du bâtiment ayant passé quinze ans en Thaïlande, redoute désormais un avenir incertain. Lui et sa famille n’ont ni emploi, ni logement, et restent endettés. « Si la situation s’améliore, ils pourraient retourner travailler en Thaïlande ou chercher du travail à Phnom Penh. Mais pour l’instant, nous n’avons même pas l’argent pour aller jusque-là », confie-t-il.
Comme la famille Luot, des milliers de travailleurs migrants cambodgiens ont fui la Thaïlande la semaine dernière, sous la menace des combats frontaliers les plus meurtriers entre les deux pays depuis plus d’une décennie. La plupart vivaient et travaillaient dans le secteur informel, souvent sans statut légal clair, et sont aujourd’hui livrés à eux-mêmes, sans revenus ni perspectives.
L’affrontement militaire, déclenché par des litiges territoriaux persistants, a exacerbé la précarité de cette main-d’œuvre transfrontalière qui constitue un pilier économique essentiel pour de nombreuses familles cambodgiennes. Alors que la trêve reste fragile, le retour à la normale paraît encore lointain pour ces milliers de travailleurs déracinés, qui comptent désormais sur une aide humanitaire et une reprise rapide du dialogue bilatéral.