Des étudiants iraniens en Alabama dénoncent une répression qui rappelle celle de leur pays d’origine
Des étudiants iraniens en Alabama dénoncent une répression qui rappelle celle de leur pays d’origine

L’arrestation soudaine d’Alireza Doroudi par des agents de l’immigration, en pleine nuit, a bouleversé la vie d’un couple d’étudiants iraniens à l’Université de l’Alabama. Ce soir-là, Doroudi et sa fiancée Sama Ebrahimi Bajgani venaient de célébrer le Nouvel An persan. Quelques heures plus tard, sept agents armés frappaient à leur porte, emmenant Doroudi sans explication claire. Depuis, la petite communauté iranienne de Tuscaloosa vit dans la peur.

Comme d’autres étudiants internationaux aux États-Unis, Doroudi, doctorant en génie mécanique, est détenu dans le cadre d’une vague d’arrestations liée au durcissement des politiques migratoires mises en œuvre par le président Donald Trump. Plus d’un millier d’étudiants étrangers auraient vu leur visa ou statut légal révoqué depuis la fin mars. Si certaines révocations ont été annulées par les autorités, la situation de Doroudi reste incertaine : il est aujourd’hui détenu à plus de 480 kilomètres de Tuscaloosa, dans un centre de rétention en Louisiane, en attendant une audience d’expulsion prévue la semaine prochaine.

Bajgani, également doctorante, affirme que son compagnon n’a commis aucune infraction. Entré légalement aux États-Unis en janvier 2023, son visa aurait été révoqué en juin sans explication. L’université lui aurait alors conseillé de rester sur le territoire tant qu’il poursuivait ses études, mais de ne pas quitter le pays, faute de pouvoir revenir. « Je vivais une vie normale, et depuis cette nuit-là, plus rien n’est normal », confie Bajgani, désemparée.

Les témoignages d’autres étudiants iraniens brossent un tableau alarmant. Beaucoup disent avoir été informellement incités à « se faire discrets » par certains professeurs. L’un d’eux, qui a demandé l’anonymat, explique vivre dans une constante crainte d’arrestation. À la suite d’un accident de voiture, il a supplié l’autre conducteur de ne pas appeler la police, de peur d’attirer l’attention. Un autre évoque un pique-nique du Nouvel An persan qui « ressemblait à une veillée funèbre », tant l’ambiance était plombée par la peur.

L’Université de l’Alabama n’a pas commenté le cas spécifique de Doroudi, mais a affirmé proposer un accompagnement aux étudiants concernés par les évolutions légales. « Nos étudiants internationaux sont des membres précieux de notre communauté universitaire », a déclaré la porte-parole Monica Watt.

L’avocat de Doroudi, David Rozas, a exprimé sa stupéfaction après le refus d’une libération sous caution, le juge ayant estimé que son client ne prouvait pas de manière suffisante qu’il ne représentait pas une menace pour la sécurité nationale. Rozas affirme que le Département de la Sécurité intérieure n’a pourtant apporté aucun élément à charge.

Ce climat d’incertitude rappelle à certains étudiants iraniens l’atmosphère de surveillance et de répression qu’ils ont fuie. L’une d’elles, arrivée aux États-Unis il y a plus de cinq ans après avoir critiqué le régime iranien, craint aujourd’hui d’être en danger dans les deux pays. « Tout à coup, on a l’impression de retourner en Iran », confie-t-elle.

Dans un message dicté depuis sa prison, Doroudi exprime son incompréhension et sa douleur : « Je n’ai rien fait d’illégal. Ils auraient pu m’envoyer une convocation, j’y serais allé. Quelle était la nécessité de m’enfermer ? » À travers son histoire, c’est toute une communauté d’étudiants étrangers qui s’interroge : quel avenir pour ceux qui sont venus étudier aux États-Unis avec l’espoir d’y bâtir une vie libre ?

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