C'était un 25 avril : La « Grande Rebeyne » de Lyon
C'était un 25 avril : La « Grande Rebeyne » de Lyon

Le 25 avril 1529, près de deux mille habitants des quartiers pauvres de Lyon se rassemblent place des Cordeliers et déclenchent l’une des plus importantes émeutes frumentaires de l’histoire de France. Baptisée « Grande Rebeyne », le mot lyonnais pour « grande émeute », cette révolte de la faim éclate après plusieurs années de mauvaises récoltes et un hiver 1528-1529 d’une rigueur exceptionnelle. Le prix du blé a atteint des sommets insupportables pour le peuple des villes, tandis que des rumeurs accusent des marchands d’exporter les stocks vers l’Italie. Dans les rues de Lyon, la colère a été soigneusement attisée par des affiches anonymes signées « le Pôvre », appelant la commune à se lever contre les accapareurs. Ce dimanche d’avril, elle explose.

Une ville à bout, une colère longtemps contenue

Pour comprendre la violence de cette explosion populaire, il faut mesurer la fragilité de Lyon à la fin des années 1520. Pendant une génération, la ville avait prospéré grâce aux séjours répétés des rois de France, qui en faisaient leur base arrière pour leurs campagnes militaires en Italie. François Ier, lassé par une succession d’échecs au-delà des Alpes, suspend ces expéditions et prive Lyon de cette manne. La bourgeoisie marchande voit ses affaires se contracter au moment précis où les campagnes environnantes, ravagées par de mauvaises récoltes successives, déversent dans la ville des milliers d’affamés sans ressources. En décembre 1528, le prix du blé bondit brutalement. Des affiches anonymes apparaissent sur les murs, appelant toute la commune à se réunir le dimanche 25 avril aux Cordeliers pour aller chercher le grain là où il se trouve : dans les greniers des riches. Le tocsin sonne à l’église Saint-Nizier. La foule envahit le couvent, fouille des maisons bourgeoises, pille et dégrade. Les conseillers et notables du Consulat fuient se réfugier auprès des chanoines de la Primatiale Saint-Jean. Pendant plusieurs jours, les quartiers des Terreaux, de Saint-Marcel et des pentes de la Croix-Rousse restent en ébullition. Le 27 avril, convaincus que des réserves de blé sont cachées dans l’abbaye de l’Île Barbe, les meneurs s’y rendent en masse — mais ne trouvent rien. La révolte s’éteint d’elle-même, faute de cible.

Une répression sévère, une leçon durable

Le retour à l’ordre est brutal. Plusieurs meneurs sont pendus, d’autres envoyés aux galères, au pilori ou condamnés au fouet. Mais la bourgeoisie lyonnaise tire aussi de cet épisode une leçon politique : la misère, si elle n’est pas canalisée, devient une menace pour l’ordre social. Deux ans après l’émeute, la municipalité organise des secours par souscription publique et crée l’Aumônerie générale, qui distribue en une seule année près de 250 000 pains et emploie 5 000 nécessiteux à des travaux d’intérêt général, curage de fossés, nettoyage de rues. En 1534, l’échevin Jean Broquin pérennise ce dispositif en organisant son financement par des legs, des collectes et une taxe sur les habitants. Cette initiative débouchera, en 1622, sur la construction de l’hôpital de la Charité. La Grande Rebeyne marque ainsi un tournant dans la manière dont les élites urbaines perçoivent la pauvreté : le pauvre, figure christique tolérée au Moyen Âge, devient désormais un danger potentiel qu’il convient de surveiller, d’occuper et de neutraliser. Un regard nouveau, qui annonce les politiques sociales des siècles suivants.

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