Aux abords de la capitale ukrainienne, Kiev, des bénévoles remplissent des barquettes en plastique de soupe chaude pour les habitants qui, emmitouflés dans de lourds manteaux, font la queue pour un repas qu’ils ne peuvent pas préparer chez eux. Parmi eux se trouve Yuliia Dolotova, mère de deux enfants, qui attend avec son fils de 18 mois, Bohdanchyk, enveloppé dans plusieurs couches de vêtements pour se protéger du froid mordant.
La vie, explique-t-elle, s’est réduite à l’essentiel : chaleur, lumière et nourriture. « Toute la journée, il n’y a ni électricité, ni moyen de cuisiner pour les enfants. Presque tout le monde se trouve dans cette situation », confie Yuliia Dolotova, 37 ans.
Elle habite dans le quartier de Troieshchyna, l’un des secteurs de Kiev les plus touchés, frappé par des attaques russes répétées depuis l’invasion à grande échelle il y a quatre ans. Les frappes russes, utilisant drones et missiles, ont privé des centaines de milliers de personnes de chauffage et d’électricité alors que les températures descendent jusqu’à moins 30 degrés Celsius. Un hiver rigoureux est encore attendu dans les semaines à venir.
L’absence de chauffage a provoqué le gel et l’éclatement des canalisations d’eau dans le quartier, aggravant la difficulté de la vie quotidienne.
Un réseau électrique fragilisé et des réparations incessantes
Les dommages au réseau électrique et aux centrales atteignent leur niveau le plus critique depuis le début de la guerre. Dès que les équipes de maintenance parviennent à rétablir le chauffage dans certains bâtiments et que les ingénieurs établissent un calendrier de coupures pour informer les habitants, la Russie lance une nouvelle frappe. Le même travail doit alors être recommencé, sans répit.
Une mère seule face aux épreuves
Les difficultés de Yuliia Dolotova sont accentuées par l’absence prolongée de son mari, qui combat à l’est du pays et n’a vu son plus jeune fils que deux fois depuis sa naissance. Elle s’occupe seule de ses deux fils, Bohdanchyk et Daniil, 11 ans, ainsi que du chien de la famille, qui sort rarement se promener.
La nuit, son immeuble, une tour de l’époque soviétique, reste complètement plongé dans l’obscurité. Son petit garçon a appris à tenir son téléphone portable, lampe allumée, pendant que Yuliia Dolotova monte sa poussette à six étages. Les escaliers ont déjà cassé deux poussettes.
À l’intérieur, elle allume les lampes à piles une par une. Avant le coucher, les deux frères se blottissent ensemble pour se réchauffer, jouant en silence près des fenêtres couvertes de givre à la lumière de la lampe. Pour tenter de les garder au chaud pendant la nuit, Yuliia Dolotova isole leur lit avec de la mousse.
L’attente d’un retour au front
Le mari de Yuliia Dolotova est actuellement déployé dans la région de Zaporizhzhia, l’un des secteurs les plus instables du conflit. « Il devrait revenir bientôt. Je vis de permission en permission, explique-t-elle. J’attends son retour, c’est ce qui me permet de tenir. On se dit juste un peu plus longtemps et il sera là. On compte les jours. »