Une attaque surprise par drones menée par l’Ukraine contre plusieurs bases aériennes russes abritant des bombardiers stratégiques à capacité nucléaire a marqué un tournant majeur dans le conflit en cours, tant par son ampleur que par sa portée. Pour la première fois depuis le début de la guerre, les frappes ont atteint aussi loin que la Sibérie, révélant les vulnérabilités de l’armée russe face aux capacités offensives de Kyiv.
L’Ukraine affirme avoir endommagé ou détruit plus de 40 avions, soit environ un tiers de la flotte de bombardiers stratégiques de la Russie. Moscou reconnaît seulement que plusieurs appareils ont été touchés, sans confirmer l’étendue des dégâts. Des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montrent quelques bombardiers en flammes, mais l’ampleur totale de la destruction reste incertaine.
Quoi qu’il en soit, l’opération constitue une démonstration spectaculaire des capacités ukrainiennes à frapper des cibles de très haute valeur, n’importe où en territoire russe. L’effet psychologique est considérable : certains commentateurs russes ont comparé l’attaque à Pearl Harbor, tandis que d’autres estiment qu’elle n’a pas eu un impact aussi dramatique. Mais la perte d’aéronefs irremplaçables pèse lourdement sur les forces stratégiques russes.
Avant les frappes, la Russie disposait d’environ 60 bombardiers Tu-95, surnommés « Bear » par l’OTAN, conçus dans les années 1950 pour rivaliser avec le B-52 américain. Capables de transporter des missiles de croisière conventionnels ou nucléaires, ces appareils ont été largement utilisés dans les campagnes de bombardement contre l’Ukraine. La flotte russe comptait également entre 50 et 60 Tu-22M3, des bombardiers supersoniques redoutables mais à la technologie vieillissante, conçus pour frapper les porte-avions américains.
À cela s’ajoute le Tu-160, bombardier lourd supersonique en nombre très limité (moins de 20 exemplaires en service), dont une version modernisée est en cours de développement. La perte de ces appareils serait particulièrement critique, leur production ayant cessé après l’effondrement de l’Union soviétique.
Le centre de recherche International Institute for Strategic Studies (IISS) souligne que la Russie n’a actuellement « aucune capacité immédiate de remplacement » pour ces avions. L’attaque pourrait néanmoins accélérer le programme russe de modernisation de sa flotte stratégique, encore à un stade embryonnaire.
Parmi les cibles touchées figure également un appareil rare et précieux : l’A-50, un avion de surveillance avancée comparable aux AWACS américains, utilisé pour coordonner les opérations aériennes. La Russie en possède très peu, et sa perte réduit encore davantage ses capacités de commandement.
Les bombardiers russes avaient déjà été déplacés de la base d’Engels, près de Saratov, après des frappes précédentes. Ils avaient été relocalisés sur des sites plus éloignés comme Olenya, dans la péninsule de Kola, ou encore Belaya, en Sibérie orientale. Selon les analystes, plusieurs de ces bases ont été visées et au moins partiellement touchées dimanche.
L’attaque, qui aurait nécessité plus d’un an de préparation, a été exécutée avec une précision remarquable. Des drones auraient été déployés depuis des camions dissimulés à proximité des cibles dans cinq régions russes différentes. Le ministre ukrainien de la Sécurité, Vasyl Maliuk, a salué l’opération comme une gifle majeure infligée à la puissance militaire russe. Le président Volodymyr Zelensky l’a qualifiée de « brillante opération » destinée à entrer dans l’histoire.
Selon un haut responsable du Pentagone, le secrétaire à la Défense Pete Hegseth a été informé de l’attaque, jugée d’un niveau de sophistication jamais observé jusque-là par les États-Unis.
La réaction officielle russe a été relativement discrète. Le ministère de la Défense a reconnu que plusieurs appareils avaient été incendiés dans les régions d’Irkoutsk (Sibérie orientale) et de Mourmansk (nord), mais a affirmé que les incendies avaient été maîtrisés. Il a aussi indiqué que des tentatives ukrainiennes de frappes sur d’autres bases avaient été repoussées.
Les blogueurs militaires russes, eux, ont vivement critiqué l’état de préparation des forces aériennes. Des images satellites ont révélé des tentatives rudimentaires de protection : plusieurs avions Tu-95 étaient simplement recouverts de vieux pneus, une méthode dérisoire qui a suscité moqueries et indignation sur les réseaux sociaux.
Pour les experts, l’attaque constitue un revers stratégique majeur pour la Russie. Elle démontre que, malgré l’usure du conflit, l’Ukraine conserve une capacité d’innovation et d’initiative qui pourrait peser lourdement dans la suite de la guerre.