Calme précaire en Ukraine alors qu’un cessez-le-feu temporaire promu par Moscou entre en vigueur
Calme précaire en Ukraine alors qu’un cessez-le-feu temporaire promu par Moscou entre en vigueur

KIEV — Pour la première fois depuis des semaines, la capitale ukrainienne a retrouvé un calme relatif dans la nuit de mercredi à jeudi, alors qu’un cessez-le-feu de trois jours décrété par la Russie est entré en vigueur à l’occasion du 80e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale. Après des nuits marquées par de violentes attaques de drones et de missiles, aucune frappe majeure n’a été signalée dans les grandes villes ukrainiennes dans les premières heures du cessez-le-feu.

L’armée de l’air ukrainienne a toutefois rapporté que des avions russes avaient largué à deux reprises des bombes guidées sur la région de Soumy, dans le nord du pays, bien qu’aucun bilan n’ait encore été établi. Ces bombardements isolés contrastent avec la trêve observée dans d’autres régions, notamment à Kiev, qui n’a pas entendu d’explosions après minuit, heure de Moscou, contrairement aux 24 heures précédentes.

Le Kremlin a justifié cette trêve comme un geste de bonne volonté, alors que le président Vladimir Poutine s’apprête à accueillir à Moscou plusieurs dirigeants, dont son homologue chinois Xi Jinping, pour les commémorations de la victoire de 1945. Un défilé militaire d’envergure est prévu sur la place Rouge ce 9 mai, date symbolique pour la Russie.

L’Ukraine, de son côté, a refusé d’adhérer à ce cessez-le-feu unilatéral, dénonçant une manœuvre de propagande de Moscou. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a réaffirmé mercredi soir son ouverture à une trêve plus large et plus durable : « Nous maintenons notre proposition d’un cessez-le-feu de 30 jours, qui pourrait ouvrir la voie à la diplomatie. » Il a néanmoins souligné que la Russie n’avait répondu à cette offre que par davantage de frappes, renforçant selon lui l’évidence quant à la responsabilité de Moscou dans la poursuite du conflit.

Zelensky a par ailleurs reconnu les récentes attaques de drones ukrainiens sur des cibles russes, y compris à Moscou. Il a estimé qu’il était « juste » que « le ciel de l’agresseur ne soit pas non plus calme aujourd’hui », illustrant une forme de réciprocité dans les affrontements aériens à la veille d’un événement majeur pour la mémoire russe.

À Moscou, le maire Sergueï Sobianine a affirmé que 14 drones ukrainiens avaient été interceptés ou détruits dans la nuit précédant l’entrée en vigueur de la trêve. Ces attaques ont entraîné la fermeture temporaire de plusieurs aéroports civils.

Ce cessez-le-feu partiel intervient alors que les États-Unis cherchent à accélérer la conclusion d’un accord de paix. Washington a proposé en mars un cessez-le-feu de 30 jours, accepté par Kiev, mais Moscou a exigé au préalable des mécanismes de contrôle et d’application. La porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova, a rejeté les critiques américaines, affirmant que « le seul obstacle au cessez-le-feu est Kiev ».

Bien que la situation sur les lignes de front reste incertaine, un témoin de Reuters présent à l’est du pays a rapporté une absence de combats audibles jeudi matin, laissant entrevoir un répit — aussi fragile soit-il — dans le plus vaste conflit européen depuis 1945.

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