Vacances : le ciel français s'assombrit de grèves à la veille des grands départs
Vacances : le ciel français s'assombrit de grèves à la veille des grands départs

À quelques heures des premiers départs estivaux, la grève annoncée des contrôleurs aériens menace de paralyser le trafic dans les airs. Dès jeudi 3 juillet, un quart des vols seront annulés à Paris (Charles-de-Gaulle, Orly, Beauvais) et jusqu’à la moitié dans plusieurs aéroports du sud, comme Nice ou Bastia. Lyon, Marseille, Montpellier, Ajaccio ou encore Figari devront également se résoudre à amputer 30 % de leurs rotations. La Direction générale de l’aviation civile (DGAC) a tiré la sonnette d’alarme mardi en appelant les compagnies à alléger leurs programmes, tout en prévenant que d’importants retards restaient inévitables.

Grèves, tensions internes et accusation de management défaillant

La grève a été déclenchée par deux syndicats de contrôleurs aériens, l’UNSA-ICNA et l’USAC-CGT, dénonçant une série de dysfonctionnements internes. Les griefs portent sur des projets techniques bancals, une gestion jugée toxique et un sous-effectif chronique. Selon ces organisations, les alertes ont été ignorées par la DGAC, malgré deux réunions de conciliation restées infructueuses. L’administration, elle, affirme avoir conscience des difficultés, et rappelle avoir initié une stratégie de recrutements et signé un accord salarial avec la majorité des syndicats plus tôt dans l’année. Le premier syndicat, le SNCTA, majoritaire avec 60 % des voix, n’a d’ailleurs pas rejoint le mouvement. Mais cela n’empêche pas une fronde significative dans un secteur où la moindre absence a des effets en cascade. Le choix des dates n’a rien d’anodin. Situées juste avant les grands départs, les 3 et 4 juillet figurent parmi les jours les plus fréquentés de l’année dans les aéroports français. L’administration déplore un calendrier qu’elle juge délibérément préjudiciable aux voyageurs et aux compagnies. L’UNSA-ICNA, second syndicat représentatif, campe sur ses positions et maintient son appel à la grève sur les deux journées. L’USAC-CGT, pour sa part, a prévu de se mobiliser jeudi uniquement.

Une réforme sous tension et des salaires dans le viseur

Derrière ce conflit, un point cristallise particulièrement les tensions : la réforme du contrôle de présence des agents, imposée après un incident grave à Bordeaux en 2022, où deux avions avaient frôlé la collision. Le rapport du BEA avait pointé une organisation du travail totalement hors cadre. Depuis, la DGAC entend imposer un système de pointage à l’arrivée, ce que les syndicats dénoncent comme une remise en cause de leur autonomie professionnelle. À cela s’ajoute la question sensible des rémunérations. Les ingénieurs du contrôle de la navigation aérienne (ICNA), parmi les mieux payés de la fonction publique, perçoivent un salaire brut annuel d’environ 96 000 euros. Un chiffre qui fait grincer des dents alors que l’État cherche à contenir ses dépenses. Alors que se tient ce mercredi le congrès annuel de la Fédération nationale de l’aviation au siège même de la DGAC, le bras de fer entre administration et syndicats s’annonce explosif. Le risque de prolongement du conflit, lui, reste entier.

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