Télétravail : la réduction imposée déclenche la colère des salariés chez Free et à la Société générale
Télétravail : la réduction imposée déclenche la colère des salariés chez Free et à la Société générale

Ils y voyaient un droit, une liberté, parfois un soulagement. La réduction du télétravail décidée par les directions de la Société générale et du groupe Iliad (Free) a fait l’effet d’un électrochoc. Grèves, actions symboliques, défiance ouverte : les salariés refusent de revenir à un mode de travail qu’ils considèrent désormais comme obsolète. Au-delà des jours en moins, c’est l’autonomie qui vacille, et avec elle un équilibre devenu précieux.

Quand la liberté de s’organiser devient un acquis à défendre

À la Société générale, un simple e-mail du directeur général, adressé à 119 000 collaborateurs, a suffi à mettre le feu aux poudres. Le 19 juin, Slawomir Krupa annonçait que le télétravail passerait à un jour par semaine, contre deux jusqu’ici. Le 27, une première grève suivie d’un appel à manifester sur site a rassemblé les mécontents, symboliquement armés de rubans verts. Chez Free, même scénario : un courriel diffusé en mai informe que la nouvelle charte télétravail limite à six jours par mois le travail à distance, contre huit auparavant. Le mouvement de contestation a commencé chez Trax, la filiale audiovisuelle du groupe. Derrière ces décisions, les arguments de cohésion d’équipe, d’égalité entre services et de performance sont mis en avant. Mais dans les rangs, l’incompréhension domine. Pour les salariés, le télétravail ne se réduit pas à un confort. Il est devenu l’expression d’un nouveau contrat social. Un développeur de Free évoque cinq années d’organisation personnelle mises à mal. À la Société générale, d’autres dénoncent une forme de régression : retour aux trajets quotidiens, stress accru, horaires rigides. Céline, qui travaille à Paris mais vit à Tours, rappelle que le télétravail permettait de concilier soins, famille et productivité. Sans lui, sa vie entière se reconfigure autour de l’entreprise.

Un mécontentement qui se généralise

Michelin, Stellantis, Ubisoft ou Publicis ont déjà dû faire face à la même résistance. Même Zoom, pourtant symbole du travail à distance, a réduit la voilure. En Espagne, la suppression du « teletrabajo » chez Holaluz a déclenché une grève massive. Le glissement est global : le télétravail n’est plus un outil de gestion, il est vécu comme un acquis. Le malaise est accentué par les méthodes employées. Chez Iliad, la nouvelle charte impose validation hiérarchique, conformité stricte du lieu de télétravail à l’adresse du bulletin de paie, et des sanctions en cas d’écart. Chez SG, les syndicats déplorent l’absence de négociation. « On ne discute pas d’un principe déjà figé », résume un représentant CFDT. Délégitimés, mis devant le fait accompli, les élus syndicaux s’inquiètent aussi d’un sous-texte plus brutal : faire craquer les salariés, pour les pousser au départ. « Ils veulent dégager sans licencier », avance une syndicaliste FO. La peur du désengagement est palpable. Le flex-office a déjà dépersonnalisé les postes de travail. Le télétravail servait de contrepartie. Son retrait sonne comme un désaveu. La révolte tient moins à deux jours ou six par mois qu’à ce qu’ils symbolisent : une perte de contrôle, un retour à la verticalité. En s’attaquant à ce que les salariés considèrent comme une conquête, les directions n’ont peut-être pas seulement restreint le télétravail. Elles ont ouvert une brèche.

Partager