Gard : licenciés par message WhatsApp, les salariés abasourdis
Gard : licenciés par message WhatsApp, les salariés abasourdis

Les 29 salariés de l’entreprise de transport de marchandises Trans Cévennes Express, basée à Saint-Martin-de-Valgalgues (Gard), ont reçu sur leur téléphone un message WhatsApp les informant de leur licenciement. D’abord incrédules, ils ont vite compris qu’il ne s’agissait ni d’un malentendu ni d’une blague de mauvais goût. Leur employeur venait tout simplement de leur annoncer la fin brutale de leur contrat… par messagerie instantanée.

Un message stupéfiant, une méthode brutale

Selon les témoignages recueillis, la sidération a été générale. Le dirigeant, qui avait racheté l’entreprise à peine un mois plus tôt, y expliquait être contraint de mettre la clé sous la porte en raison d’un niveau de dettes qu’il avait sous-estimé. Il précisait espérer pouvoir payer les salaires encore dus, et annonçait qu’il téléphonerait à chacun ultérieurement. Dans son message, il demandait également aux salariés d’informer les collègues qui n’auraient pas vu la notification, faute d’accès à l’application. Ce mode de communication a profondément choqué. Malgré le choc, les salariés se sont rendus à l’entreprise pour fermer eux-mêmes les locaux, prévenir les collègues non informés, et tenter d’en savoir plus sur leur avenir. En vain : depuis l’envoi du message, le dirigeant n’a donné aucun signe de vie.

Pour ces employés, qui doivent subvenir aux besoins de leurs familles ou rembourser des crédits en cours, c’est une angoisse brutale qui s’installe. L’un d’entre eux a confié que, pour beaucoup, cette situation allait être très difficile, le marché de l’emploi dans le secteur étant particulièrement tendu. Plusieurs ont dénoncé des « méthodes de voyous », et exprimé leur sentiment d’avoir été abandonnés du jour au lendemain. Sur le plan juridique, la procédure laisse à désirer. Un licenciement en France doit obéir à des règles précises : convocation à un entretien préalable, tenue de l’entretien, puis notification écrite et motivée. Or, dans ce cas, aucune de ces étapes n’a été respectée. Un avocat en droit du travail interrogé juge la méthode totalement irrégulière : non seulement la procédure est viciée, mais les droits des salariés – notamment en matière de chômage – pourraient être compromis par l’absence de justification formelle de la rupture.

Une entreprise déjà fragilisée

Trans Cévennes Express, fondée en 2012, avait déjà du mal à se maintenir à flot depuis plusieurs années. Le nouveau dirigeant, âgé de 34 ans, avait officiellement repris les rênes de la société le 4 mars 2025. Selon les salariés, il avait exprimé sa volonté de la redresser. Mais la découverte d’un passif bien plus lourd qu’annoncé – environ 400 000 euros de dettes, contre 80 000 estimés – aurait eu raison de ses ambitions. Pour tenter de faire valoir leurs droits, les salariés ont d’ores et déjà saisi le conseil des Prud’hommes et lancé une procédure de licenciement économique. Ironie de la situation, c’est à nouveau via un groupe WhatsApp qu’ils coordonnent aujourd’hui leurs actions, mais cette fois pour unir leurs forces et défendre collectivement leurs intérêts.

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