Grève du 2 octobre : transports, écoles, santé… la mobilisation s’annonce large @Flickr
Grève du 2 octobre : transports, écoles, santé… la mobilisation s’annonce large @Flickr

Chaque rentrée des vendanges charrie son lot de promesses et de tensions. En Champagne, elles s’incarnent cette année dans une caravane itinérante montée par la CGT, censée protéger et informer les milliers de travailleurs étrangers qui affluent dans les vignes. Mais derrière les brochures traduites en sept langues et les distributions de tracts, une bataille politique s’est engagée avec Franck Leroy, président de la région Grand Est, qui accuse le syndicat de salir l’image d’un secteur déjà fragilisé. Le décor est planté à Épernay, sur la place Fada N’gouma où certains saisonniers sénégalais dorment sous un préau faute de logement. La CGT y installe ses tables, distribue ses flyers et tente de convaincre les vendangeurs qu’ils disposent de droits, souvent bafoués par des prestataires douteux. Cette campagne baptisée « caravane des vendanges » n’a rien de nouveau, mais cette année elle prend une coloration plus offensive. Les propos récents de Franck Leroy, qualifiant les critiques syndicales de « concours de dénigrement » et la CGT de force « passant son temps à salir la profession », ont électrisé le débat.

Des travailleurs précaires, des propos qui enflamment

Car les chiffres parlent d’eux-mêmes : chaque année, entre 100 000 et 120 000 vendangeurs rejoignent la Champagne, dont près de la moitié venus de l’étranger. Deux dossiers judiciaires ont déjà mis au jour des pratiques assimilées à de la traite d’êtres humains, avec condamnations à la clé. La CGT rappelle que sans ses alertes en 2020, le plan « Ensemble pour la vendange », élaboré ensuite avec le préfet, n’aurait sans doute jamais vu le jour. Pour le syndicat, les accusations de diffamation lancées par le président de Région sont donc insupportables. La réponse ne s’est pas fait attendre : une manifestation devant l’hôtel de la communauté de communes a donné le ton. José Blanco, patron de l’intersyndical CGT du champagne, y a dénoncé des déclarations jugées outrancières et mensongères. L’écho politique s’est amplifié avec la venue du député européen Anthony Smith (La France insoumise), venu constater sur place ce qu’il décrit comme une exploitation « frôlant l’esclavage pour des grappes de raisin ». Le contraste est saisissant : d’un côté un président de Région appelant à l’unité des Champenois face aux défis internationaux (comme les droits de douane américains), de l’autre un syndicat qui brandit les conditions indignes de travailleurs sans toit ni statut clair.

Des camps illégaux et un front européen en préparation

Depuis le lancement de la caravane, la CGT affirme avoir découvert entre cinq et six camps illégaux, souvent dissimulés dans des hangars ou des campings improvisés. L’inspection du travail et les autorités de l’État ont été alertées, certaines interpellations ont déjà eu lieu. Ces découvertes renforcent la volonté du syndicat de porter le débat au-delà du vignoble champenois. Le 10 septembre, les revendications des saisonniers seront déposées devant le Parlement européen, signe que la question dépasse largement les frontières du Grand Est. Entre accusations politiques, réalité sociale et enjeux économiques, la Champagne se retrouve une fois de plus sous les projecteurs. Mais cette année, le traditionnel récit des vendanges dorées s’efface derrière celui de travailleurs étrangers sous-payés, mal logés et parfois invisibles, que la CGT entend remettre au centre du chai.

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