BRI : les agents tapent du poing sur la table
BRI : les agents tapent du poing sur la table

Ils sont 400. Discrets, ultra-formés, toujours en première ligne, les policiers de la Brigade de Recherche et d’Intervention (BRI) viennent de lancer un mouvement inédit : une grève du zèle qui s’annonce longue et structurée. Depuis lundi soir, ces spécialistes de l’antigang refusent de faire des heures supplémentaires non reconnues. Leur revendication est claire : ils veulent une prime digne de leurs sacrifices. Et ils ne comptent plus faire de rab. Le mot d’ordre est simple : application rigoureuse des horaires. 9h-18h, pas une minute de plus. Les véhicules restent au garage passé l’heure. Les interventions en dehors des créneaux ? À la charge de l’équipe de permanence. L’ambiance est glaciale dans les couloirs des unités, mais la détermination est palpable. Après des années à tout donner sans rien réclamer, le ras-le-bol s’est cristallisé.

Pas des passionnés bénévoles

Tout est parti d’une phrase, balancée avec légèreté par un haut responsable : « Vous faites un métier passion ». Une formule qui a fait l’effet d’une gifle pour les policiers concernés. « Quand on défonce une porte à 6 heures du matin, on n’est pas bénévoles », tacle Bruno Bartoccetti, syndicat Unité Police. L’allusion à la passion camoufle mal l’absence de reconnaissance concrète : pas de prime spécifique pour les BRI, alors que le RAID perçoit 790 euros mensuels, et d’autres unités 500. Les missions ont pourtant évolué. Depuis les attentats, les BRI cumulent les casquettes : anti-terrorisme, lutte contre le narcotrafic, interventions à haut risque. Le processus de sélection est rigoureux, les charges de travail, écrasantes. Les policiers parlent d’un rythme qui grignote la vie privée. « Les anniversaires, les repas de famille, les week-ends, on les oublie. Nos familles doivent composer avec notre métier », confie un agent du sud.

Assez d’être invisibles

Ce n’est pas une grève de colère. C’est une grève de lucidité. Les policiers spécialisés veulent être payés pour chaque heure rendue. Ils exigent aussi une réflexion sur leur reclassement en fin de parcours, souvent épuisant. Pour beaucoup, c’est une première : « En 15 ans, je n’ai jamais vu un mouvement de cette ampleur », admet un agent. Ce qui pèse le plus ? Le manque de reconnaissance. À force de servir sans compter, ils ont cessé de compter sur leur hiérarchie. Cette fois, ils veulent être entendus. Le mouvement pourrait durer un mois. Peut-être plus.

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