Des milliers de personnes ont défilé samedi dans les rues de Messine pour s’opposer au projet gouvernemental de construction d’un pont reliant la Sicile au continent italien. Ce chantier colossal, estimé à 13,5 milliards d’euros, divise profondément l’opinion en raison de son impact environnemental, des risques sismiques et de la crainte d’une infiltration mafieuse. Les manifestants ont également dénoncé l’expropriation prévue d’environ 500 familles.
Un chantier présenté comme stratégique par Rome
Porté par le ministre des Transports Matteo Salvini, le pont du détroit de Messine serait, selon ses défenseurs, “le plus grand projet d’infrastructure de l’Occident”. Il permettrait la création de 120 000 emplois par an et stimulerait l’économie du sud du pays grâce à des investissements annexes dans les routes et le rail. L’ouvrage, qui deviendrait le plus long pont suspendu du monde avec une travée centrale de 3,3 kilomètres, réduirait le temps de traversée de 100 à 10 minutes en voiture et permettrait le passage de 6 000 véhicules par heure et de 200 trains par jour.
Le gouvernement envisage un démarrage des travaux préparatoires dès l’automne, pour une mise en service entre 2032 et 2033, tout en affirmant que l’infrastructure pourrait servir de corridor stratégique pour le déploiement rapide de troupes, renforçant ainsi la sécurité nationale. Mais les associations environnementales ont saisi l’Union européenne, alertant sur les conséquences pour les oiseaux migrateurs. Le président italien a de son côté insisté pour que le projet soit soumis aux lois anti-mafia, Salvini assurant que la lutte contre toute infiltration criminelle serait “une priorité absolue”.