Travail en France - peut-on graver l’interdiction des drogues dans le Code du travail
Travail en France - peut-on graver l’interdiction des drogues dans le Code du travail

Le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, dégaine une mesure choc : inscrire dans le Code du travail une « interdiction générale et absolue » de bosser sous l’emprise de substances psychotropes. Annoncé mercredi 17 décembre 2025 lors d’un débat sur le narcotrafic à l’Assemblée nationale, ce projet vise à durcir un cadre déjà existant, où les employeurs peuvent, via le règlement intérieur et pour des postes sensibles, organiser des dépistages inopinés. Refuser ? Sanctions disciplinaires, voire licenciement pour faute grave. Farandou ne veut plus de zone grise : drogue au boulot, zéro tolérance, point barre. Le ministre, face à une consommation de stupéfiants qui explose dans le monde du travail (cocaïne chez les cadres stressés, cannabis chez les ouvriers, etc.), promet aussi un renforcement de la prévention. Le cinquième plan santé au travail, prévu pour le premier semestre 2026, mettra le paquet : accompagnement des employeurs, mobilisation accrue des services de prévention et de santé au travail, et meilleure prise en charge des salariés consommateurs. Traduction : plus de sensibilisation, plus de dépistage, et des parcours de soin pour ceux qui dérapent, sans forcément les virer direct.

Drogue au bureau : du tabou à la répression codifiée

Aujourd’hui, le Code de la santé publique punit déjà l’usage illicite d’un an de prison et 3 750 € d’amende, porté à cinq ans et 75 000 € pour les dépositaires d’autorité publique ou les salariés du transport. L’alcool, lui, est déjà encadré : seuls vin, bière, cidre et poiré sont tolérés sur le lieu de travail. Les drogues ? Rien d’explicite dans le Code du travail, d’où cette proposition de Farandou : combler le vide pour donner aux employeurs un arsenal juridique clair. Les dépistages, limités à certains postes (sécurité, conduite, etc.), pourraient s’étendre, avec des sanctions automatiques. Ce qui fait grincer, c’est le timing et le ton. La France, où la cocaïne devient le carburant de certains open spaces et le cannabis un déstressant du BTP, voit ses plans antidrogue se multiplier. Mais inscrire une interdiction « absolue » dans le Code du travail, c’est transformer l’entreprise en terrain de chasse aux consommateurs, au risque de stigmatiser sans soigner. Les syndicats, déjà sur le qui-vive, craignent une dérive répressive : qui paiera les tests ? Comment protéger la vie privée ? Et pour les addicts, un licenciement résoudra-t-il le problème ou l’aggravera-t-il ? Farandou, pragmatique, veut « protéger les salariés et les entreprises ». Mais derrière la fermeté, il y a un aveu : la drogue s’est installée au boulot, et l’État n’a plus les moyens de fermer les yeux. Le plan 2026 promet prévention et prise en charge, un équilibre délicat entre carotte et bâton. Reste à voir si cette inscription dans le marbre du Code du travail calmera le narcotrafic… ou remplira juste les tribunaux de nouveaux litiges. En attendant, les employeurs se frottent les mains : un outil de plus pour virer sans indemnités. Les salariés, eux, ont intérêt à rester clean.

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