À la veille du 14-Juillet, Emmanuel Macron s’est adressé aux forces armées depuis les jardins de l’Hôtel de Brienne, à Paris, pour prononcer un discours solennel sur l’état du monde, les menaces qui pèsent sur la France et les moyens à déployer pour y faire face. Le chef de l’État a annoncé un effort budgétaire inédit : le budget de la Défense atteindra 64 milliards d’euros en 2027, soit le double de celui de 2017.
Le président a évoqué un “moment de bascule” historique, soulignant que “jamais, depuis 1945, la liberté n’avait été aussi menacée”. Guerre en Ukraine, retour des impérialismes, multiplication des conflits, menace terroriste, attaques hybrides, propagande numérique : la France, comme l’Europe, est confrontée à un “arc de crises” sans précédent. Emmanuel Macron estime que la sécurité des Européens ne peut plus dépendre uniquement des États-Unis et appelle à bâtir un véritable “pilier européen de l’OTAN”.
Dans ce contexte de tensions croissantes, il a annoncé une actualisation de la Loi de programmation militaire pour 2024-2030 dès l’automne, intégrant un surcroît de dépenses de 3,5 milliards d’euros en 2026 et 3 milliards supplémentaires en 2027. “Cet effort nouveau et historique” devra être financé “sans endettement”, a insisté le président, en misant sur “plus d’activité et plus de production” pour préserver l’indépendance financière de la Nation. Il appelle à un “effort ponctuel de tous”, jugeant que “le salut de la patrie suppose que chacun prenne sa part”.
Face à une Russie jugée “préparée, organisée et durable” dans sa menace, Emmanuel Macron a également réaffirmé la souveraineté de la dissuasion nucléaire française, essentielle selon lui pour garantir la sécurité de l’Europe. Il a appelé à renforcer les capacités de défense : plus de drones, de munitions, une meilleure défense aérienne et électronique, et des moyens spatiaux accrus. Le chef de l’État plaide pour un modèle d’armée “plus durci”, “plus massif”, en appelant à combler “les zones de fragilité”.
Il a aussi souligné la nécessité d’accélérer les efforts sur les réserves militaires et annoncé des décisions à l’automne concernant l’engagement de la jeunesse, en lien notamment avec l’avenir du Service national universel (SNU). Par ailleurs, la rémunération des militaires sera “remise à niveau”, et toutes les hausses prévues seront appliquées “à l’euro près”.
Enfin, Emmanuel Macron a mis en avant la dimension européenne du projet de réarmement. Il a évoqué le programme “SAFE” (Security for Europe), qui mobilisera 150 milliards d’euros pour des achats conjoints d’équipements militaires entre États membres. Il a également salué la création à Paris de l’état-major d’une “coalition des volontaires”, réunissant 30 nations pour soutenir l’Ukraine. “La France entend être la nation-cadre des opérations à venir”, a-t-il affirmé.
Le président a conclu en rendant hommage aux femmes et hommes de l’armée, “prêts à l’ultime sacrifice”. Il les a appelés à “défendre notre liberté”, et a affirmé que la puissance et la crainte qu’elle inspire sont aujourd’hui les seules garantes de la liberté : “Pour être libres dans ce monde, il faut être craint. Pour être craint, il faut être puissant.”