Après des décennies de débats, de reports et de controverses, l’Italie a donné son feu vert définitif à la construction d’un pont monumental qui reliera la Sicile à la péninsule italienne. Le gouvernement dirigé par Giorgia Meloni a confirmé mercredi l’approbation finale du projet par le Comité interministériel pour la planification économique et le développement durable (CIPESS), mettant ainsi un terme à l’une des plus longues sagas d’infrastructure du pays.
Le futur pont suspendu, d’une longueur de 3,7 kilomètres, traversera le détroit de Messine et deviendra, une fois achevé, le plus long pont à travée unique du monde. En discussion depuis la fin des années 1960, ce projet titanesque vise avant tout à désenclaver le sud de l’Italie, historiquement plus pauvre et moins développé que le nord industriel du pays. Les partisans du projet affirment qu’il constituera un moteur économique puissant pour la région.
Le gouvernement italien prévoit d’investir 13,5 milliards d’euros sur dix ans pour la construction du pont et de ses infrastructures connexes. Le ministre des Transports Matteo Salvini, membre de la Ligue, a salué cette décision comme un tournant historique et un symbole de modernité et d’unité nationale. Selon la Compagnie du Détroit de Messine, chargée de la réalisation, le pont devrait être achevé d’ici 2032.
Mais ce chantier d’ampleur soulève aussi de nombreuses inquiétudes. La zone traversée est fortement sismique, et des experts pointent les risques liés à d’éventuels séismes majeurs. D’autres s’alarment des conséquences écologiques pour un écosystème marin fragile, ainsi que des possibilités d’infiltration de la criminalité organisée dans les marchés publics liés à la construction.
Le projet suscite également des critiques sur le plan budgétaire. Certains observateurs estiment que les fonds engagés pourraient être mieux utilisés pour renforcer les services publics locaux, moderniser les infrastructures ferroviaires existantes ou relancer l’emploi dans des secteurs jugés plus prioritaires. La possibilité de dépassements de coûts massifs, fréquents dans les grands projets italiens, alimente aussi le scepticisme.
Malgré tout, le gouvernement reste déterminé à faire du pont du détroit de Messine un emblème de son action. Le chantier, dont le lancement est prévu au second semestre 2025, représente non seulement un défi d’ingénierie, mais aussi un test de gouvernance pour l’Italie, tiraillée entre ambitions grandioses et réalités complexes du terrain.