Le Sénat a approuvé mardi 10 juin une proposition de loi visant à freiner le développement fulgurant de la fast fashion. Portée par la députée Horizons Anne-Cécile Violland, cette initiative s’attaque de front à un modèle incarné par la plateforme Shein, en pleine expansion grâce à ses vêtements à bas coût et à renouvellement ultra-rapide.
Un arsenal législatif pour limiter l’ultra mode express
Adopté à l’unanimité, le texte soutenu par le gouvernement prévoit un ensemble de mesures concrètes : interdiction de publicité pour les marques les plus polluantes, sanctions à l’encontre des influenceurs qui en feraient la promotion, obligations accrues pour les plateformes de vente en ligne, et mise en place de pénalités pour les entreprises au fort impact environnemental. Selon Franceinfo avec AFP, ces outils visent à enrayer un système jugé destructeur, tant pour la planète que pour l’économie locale.
Shein, géant chinois basé à Singapour, est clairement dans le viseur. L’AFP a recensé une moyenne de 7 220 nouvelles références mises en ligne par jour entre le 22 mai et le 5 juin 2025, contre 290 chez H&M ou 50 chez Zara. Pour Sylvie Valente Le Hir, rapporteure Les Républicains, cette distinction est essentielle : « Nous voulons réguler ceux qui inondent le marché de nouveautés jetables, pas ceux qui produisent à un rythme responsable et participent à la vitalité des territoires français ».
Un modèle économique contesté et une réponse politique attendue
L’ampleur de la production de Shein et ses conséquences sociales et environnementales ont poussé les pouvoirs publics à réagir. La ministre de la Transition écologique, Agnès Pannier-Runacher, a défendu une loi « ambitieuse », conçue pour répondre à une « invasion » de vêtements à bas prix qui menacent l’industrie textile nationale. Elle a souligné que le texte vise à la fois la protection de l’environnement et la sauvegarde du commerce local.
Mais la marque ne reste pas sans voix. À peine le vote prononcé, Shein a dénoncé une « loi anti-Shein » susceptible de restreindre l’accès à la mode pour les consommateurs les plus modestes. L’entreprise plaide que « la mode est un droit, pas un privilège » et multiplie les campagnes de communication, notamment lors de rassemblements organisés à Saint-Denis ou Béziers.
La proposition de loi doit désormais passer l’étape de la commission mixte paritaire, prévue pour l’automne, où députés et sénateurs devront harmoniser leurs positions. La Commission européenne, elle aussi saisie, pourrait formuler des observations dans les mois à venir.
Dans une tribune relayée par l’AFP, plusieurs personnalités politiques, dont Raphaël Glucksmann, Yannick Jadot et Marine Tondelier, ont appelé les sénateurs à « ne pas céder au lobbying infernal de Shein » et à défendre un texte « essentiel » pour la transition écologique du secteur textile.