WASHINGTON — Alors qu’elle s’apprête à présenter son budget 2026, l’administration Trump a saisi jeudi la Cour suprême pour annuler une décision judiciaire maintenant en vigueur le statut de protection temporaire (TPS) de quelque 350 000 Vénézuéliens vivant légalement aux États-Unis. Une décision qui pourrait exposer ces migrants à des expulsions massives.
Le département de la Justice a demandé à la plus haute juridiction du pays de suspendre le jugement rendu par un tribunal fédéral de San Francisco, qui empêche la suppression du TPS pour les Vénézuéliens, un dispositif qui aurait autrement expiré le mois dernier. Ce statut accorde un permis de séjour et de travail à des ressortissants étrangers déjà présents sur le territoire américain, lorsque leur pays d’origine est jugé trop dangereux pour un retour, en raison de catastrophes naturelles ou de troubles politiques.
Cette nouvelle tentative judiciaire intervient après que la Cour d’appel a rejeté une précédente requête de l’administration. Depuis son retour au pouvoir, le président Donald Trump multiplie les démarches pour restreindre l’immigration, notamment en mettant fin à des statuts spéciaux qui permettent à certains groupes de rester aux États-Unis. Outre les Vénézuéliens, environ 500 000 Haïtiens ont aussi vu leur TPS remis en question. L’administration Trump entend mettre un terme à ces protections, accordées historiquement par périodes de 18 mois.
La demande à la Cour suprême coïncide avec une autre décision rendue au Texas le même jour, où un juge fédéral a jugé illégale l’utilisation d’une loi datant du XVIIIe siècle — initialement prévue pour les temps de guerre — afin de justifier l’expulsion de Vénézuéliens. Bien que les deux affaires soient distinctes, elles reflètent une intensification des efforts de l’exécutif pour redéfinir en profondeur la politique migratoire américaine.
Cette stratégie s’inscrit dans une dynamique plus large d’exercice musclé du pouvoir fédéral. Le président Trump a récemment signé un décret ordonnant la suppression du financement public de la NPR et de PBS, accusées par la Maison Blanche de diffuser une “propagande radicale déguisée en actualité”. Ces actions s’ajoutent à une série de mesures visant à affaiblir les institutions perçues comme critiques de l’administration, allant des organismes culturels à certains médias publics.
Dans ce climat de tensions institutionnelles, un sondage AP-NORC publié jeudi révèle que près de la moitié des Américains estiment que le président concentre trop de pouvoir, tandis qu’une majorité considère que les tribunaux fédéraux exercent leur autorité de manière appropriée. Chez les républicains, toutefois, l’opinion est inversée : environ un sur deux juge que ce sont les juges qui empiètent excessivement sur le pouvoir exécutif.
En parallèle, l’administration a annoncé la levée d’un ancien décret de déségrégation scolaire en Louisiane, considérée par les autorités comme un “reliquat historique inutile”. Cette décision s’inscrit dans une volonté affichée de tourner la page de certains héritages juridiques de la lutte pour les droits civiques, suscitant à la fois espoirs et inquiétudes.
L’ensemble de ces développements souligne la volonté de Donald Trump d’imprimer une marque forte sur l’appareil d’État, en particulier en matière d’immigration et de gouvernance fédérale. En s’attaquant aux protections accordées à des centaines de milliers de migrants vénézuéliens, l’administration engage un bras de fer judiciaire à forts enjeux humains et politiques.