Après une accalmie relative durant les fêtes de fin d’année, la mobilisation agricole repart de plus belle en ce début de mois de janvier. Sur fond de contestation de l’accord commercial entre l’Union européenne et les pays du Mercosur, mais aussi de critiques persistantes sur la gestion de l’épidémie de dermatose bovine, des agriculteurs ont repris la route. Plusieurs convois de tracteurs se dirigent vers Paris tandis que de nombreux barrages, filtrants ou totalement bloquants, se multiplient sur les axes routiers à travers le pays. Dès hier mardi, un convoi d’une quarantaine d’agriculteurs a quitté le Lot-et-Garonne en direction de la capitale. À l’origine de cette initiative, des représentants de la Coordination rurale, qui dénoncent une absence de réponses concrètes de l’État face à la crise que traverse la profession. Dans les territoires, beaucoup estiment que la mobilisation locale ne suffit plus et que seule une action visible au niveau national peut faire bouger les lignes. L’objectif affiché consiste à porter directement leurs revendications à Paris, malgré les contraintes imposées par les autorités. Dans d’autres départements du Sud-Ouest, des groupes d’agriculteurs ont également pris la route, parfois par étapes, parfois après avoir été brièvement stoppés par les forces de l’ordre. Ces convois avancent de manière dispersée, une stratégie assumée afin d’éviter une interception massive et de maximiser les chances d’atteindre leur destination finale. Ce choix marque une évolution par rapport aux mobilisations passées, où des cortèges plus visibles avaient été rapidement contenus.
Des interdictions officielles et une mobilisation qui s’étend
Face à cette reprise de la contestation, les préfets de plusieurs régions ont pris des arrêtés interdisant la circulation de convois de tracteurs et d’engins agricoles jusqu’à jeudi. Ces mesures visent à limiter les perturbations sur les grands axes et à prévenir des situations de blocage prolongé. Elles n’ont toutefois pas mis un terme à la mobilisation. D’autres groupes se sont organisés, parfois en contournant les itinéraires les plus surveillés, pour poursuivre leur progression vers la région parisienne. Parallèlement aux convois, des barrages se sont installés dans de nombreuses régions. En Occitanie, plusieurs axes majeurs restent fermés ou fortement perturbés, avec un appel lancé à un durcissement du mouvement autour de Toulouse. Dans le Sud-Est, les actions se poursuivent sur des autoroutes et des routes stratégiques, avec des contrôles ciblés de camions étrangers, symbole pour les agriculteurs d’une concurrence jugée déloyale. D’autres blocages sont signalés en Normandie, où des infrastructures clés comme le périphérique de Caen ou le port de Cherbourg sont touchées, ainsi que dans le centre du pays, sur des routes nationales et autoroutes très fréquentées. Ces actions s’inscrivent dans un climat de lassitude et de colère persistante. Les agriculteurs dénoncent à la fois les effets des accords commerciaux internationaux, qu’ils jugent déséquilibrés, et une gestion sanitaire perçue comme inadaptée face aux réalités du terrain. La dermatose bovine, en particulier, continue d’alimenter un sentiment d’abandon, certains éleveurs estimant que les mesures mises en place ne répondent pas à l’ampleur des difficultés rencontrées.
Un mouvement qui cherche à peser sur les décisions politiques
La stratégie actuelle repose sur une pression continue et éclatée, avec l’idée que des actions multiples et simultanées rendent plus difficile une réponse uniquement sécuritaire. Les organisateurs affirment vouloir tirer les leçons des mobilisations précédentes, notamment celles de début 2024, lorsque des convois avaient été stoppés avant d’atteindre leurs objectifs. Cette fois, la priorité semble être l’arrivée effective à Paris, même en ordre dispersé, pour maintenir la visibilité du mouvement. Sur le plan politique, la reprise de la mobilisation intervient alors que l’Union européenne a récemment évoqué une possible rallonge budgétaire dans sa future politique agricole commune. Une annonce accueillie avec prudence par les manifestants, qui attendent des engagements précis et rapidement applicables. Pour beaucoup, les promesses restent trop vagues et trop éloignées des réalités économiques immédiates des exploitations. À mesure que les convois progressent et que les barrages se maintiennent, le risque de nouvelles perturbations majeures du trafic augmente. La situation reste évolutive, mais une chose est claire pour les agriculteurs mobilisés : la colère n’est pas retombée et la pression sur le gouvernement s’annonce durable tant que des réponses jugées concrètes et suffisantes ne seront pas apportées.