Les contrôleurs aériens devront désormais pointer par biométrie au début de leur service. Un décret publié dimanche au Journal officiel instaure ce dispositif de contrôle, baptisé « SPS » (système de vérification de la présence sur site), destiné à s’assurer que les aiguilleurs sont bien en poste.
Un dispositif né d’un incident grave
La réforme découle directement des recommandations du Bureau d’enquêtes et d’analyses après un quasi-accident survenu le 31 décembre 2022 à Bordeaux-Mérignac, où un Airbus A320 et un avion de tourisme avaient frôlé la collision. Les enquêteurs avaient relevé des failles dans l’organisation du travail des contrôleurs, renforçant l’idée d’un suivi strict des prises de poste. Pour le ministre des Transports Philippe Tabarot, cette réforme est « essentielle ». Elle doit permettre à la France de s’aligner sur « les standards les plus avancés » en matière de sécurité aérienne. La Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) a validé l’usage de la biométrie, estimant la mesure « légitime et proportionnée » aux enjeux.
Un climat social tendu
Le système doit être déployé d’ici la fin de l’année dans les principaux centres de contrôle. Mais la mesure intervient dans un contexte social déjà électrique. Le principal syndicat de la profession, le SNCTA, appelle à la grève mi-septembre pour réclamer des hausses de salaires et une réforme de la gouvernance. Si la biométrie ne figure pas dans ses revendications, le deuxième syndicat, l’Unsa-Icna, dénonce pour sa part une « surveillance généralisée » qui transforme le contrôle du temps de travail en outil de défiance. La querelle du pointage, soulevée depuis plus d’une décennie par la Cour des comptes, ressurgit ainsi au cœur d’un secteur déjà fragilisé par des tensions récurrentes sur ses conditions de travail. Cette fois, l’État semble décidé à imposer une solution jugée incontournable pour éviter que la sécurité des vols ne soit laissée à la seule discipline interne des équipes.