OSLO — Un panel citoyen norvégien a recommandé mardi que le plus grand fonds souverain du monde, fort de 1 800 milliards de dollars, soit utilisé de manière plus ambitieuse pour relever les défis mondiaux, notamment le changement climatique et la santé publique, quitte à accepter des rendements financiers plus faibles. Cette consultation publique inédite a rassemblé 56 citoyens tirés au sort pour refléter la diversité de la population norvégienne selon des critères d’âge, de genre, de lieu de résidence, de niveau d’éducation et de sensibilité aux enjeux climatiques.
Réunis entre janvier et mai sous l’impulsion de sept organisations non gouvernementales, les participants ont formulé une série de recommandations à l’attention des parlementaires. Leur principal message : une partie des revenus du fonds pétrolier et gazier de l’État norvégien devrait être consacrée à des investissements durables à fort impact social, notamment dans les pays en développement, même si cela implique un risque accru ou des rendements moindres.
Le rapport du panel, consulté par Reuters, propose également de définir des règles d’utilisation du fonds en temps de crise — comme lors de pandémies ou de conflits — ainsi que de revoir son intégration dans le budget national. Actuellement, jusqu’à 3 % de la valeur du fonds peuvent être utilisés chaque année dans le budget, sans contraintes précises sur leur usage. Le panel plaide pour que ces fonds servent exclusivement à renforcer des « structures sociales fondamentales » telles que l’éducation, la recherche ou l’innovation, et non à financer des dépenses administratives courantes.
Autre proposition forte : accélérer le rythme des investissements directs du fonds dans les énergies renouvelables à l’étranger. Bien que 2 % de sa valeur y soient théoriquement destinés, à peine 0,1 % ont été effectivement investis dans des projets comme les parcs solaires ou éoliens.
« Ce qui m’a le plus marquée, c’est de voir à quel point, malgré nos différences, nous partagions tous les mêmes valeurs fondamentales », a témoigné Lill Synnoeve Ludvigsen, lycéenne de 17 ans originaire de Trondheim, qui a participé à la consultation.
Le fonds norvégien, connu pour ses critères éthiques stricts, désinvestit régulièrement des entreprises jugées en violation de ses lignes directrices. Dimanche dernier, il a annoncé avoir cédé ses parts dans la société israélienne Paz Retail and Energy, accusée de fournir du carburant aux colonies en Cisjordanie occupée, ainsi que dans la compagnie pétrolière mexicaine Pemex en raison de risques de corruption jugés inacceptables.
Avec cette consultation citoyenne, la Norvège poursuit sa réflexion sur la manière dont sa richesse énergétique peut servir à bâtir un avenir plus juste et durable — non seulement pour ses propres citoyens, mais pour la planète entière.