Tunisie : des centaines de manifestants dénoncent un régime autoritaire et un pays devenu « prison à ciel ouvert »
Tunisie : des centaines de manifestants dénoncent un régime autoritaire et un pays devenu « prison à ciel ouvert »

À l’occasion du quatrième anniversaire de la prise de pouvoir par le président tunisien Kaïs Saïed, plusieurs centaines de manifestants se sont rassemblés vendredi au cœur de Tunis pour dénoncer une dérive autoritaire du régime. Arborant le slogan « La République est une grande prison », les protestataires ont investi l’avenue Habib Bourguiba, haut lieu symbolique des contestations dans le pays.

Les manifestants ont vivement critiqué la politique de Kaïs Saïed, qu’ils accusent d’avoir démantelé les institutions démocratiques bâties après la révolution de 2011. Ils réclament la libération immédiate des figures de l’opposition, des journalistes et des militants détenus, dont plusieurs ont été arrêtés ces derniers mois dans le cadre de poursuites jugées arbitraires par les ONG internationales.

Depuis qu’il s’est arrogé les pleins pouvoirs en juillet 2021 en suspendant le Parlement, Kaïs Saïed a progressivement resserré son contrôle sur toutes les institutions de l’État. Il a modifié la Constitution, affaibli le pouvoir judiciaire et concentré l’exécutif entre ses mains, rompant avec les principes de séparation des pouvoirs. Ces actions ont été dénoncées comme des atteintes graves à l’État de droit par de nombreuses organisations tunisiennes et étrangères.

La crise économique persistante que traverse la Tunisie, marquée par une inflation élevée, un chômage structurel et une dette croissante, alimente également la colère sociale. À cela s’ajoute une gestion autoritaire de la contestation, avec des arrestations ciblées et des restrictions de plus en plus sévères contre la presse et la liberté d’expression.

Les manifestants de vendredi ont aussi exprimé leur frustration face à ce qu’ils considèrent comme un isolement international croissant du pays. Les relations avec les bailleurs de fonds étrangers se sont tendues, notamment avec le Fonds monétaire international, en raison du refus du président d’engager des réformes structurelles jugées impopulaires.

Malgré une présence policière importante, la manifestation s’est déroulée sans incidents majeurs. Les organisateurs ont promis de poursuivre la mobilisation tant que les détenus politiques ne seront pas libérés et que des garanties démocratiques ne seront pas restaurées. Ce nouveau mouvement de protestation reflète une désillusion profonde à l’égard d’un pouvoir qui, pour beaucoup de Tunisiens, a trahi les promesses de la révolution.

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