Le milliardaire, dont la fortune familiale dépasse les 2,8 milliards de dollars, est désormais sous le feu des juges français. Une enquête qui met en lumière les liens troubles entre affaires, politique et diplomatie franco-libanaise. Un patrimoine immobilier estimé à plus de 50 millions d’euros sur la Riviera française, et de possibles circuits financiers occultes.
L’ancien Premier ministre libanais Najib Mikati est désormais dans le viseur de la justice française. Selon les informations exclusives de L’Orient-Le Jour, le Parquet national financier Parquet national financier a ouvert au cours de la semaine écoulée une enquête préliminaire pour blanchiment, après le dépôt d’une plainte par l’association anticorruption Sherpa et le « Collectif des victimes des pratiques frauduleuses et criminelles au Liban ».
Une enquête aux ramifications explosives
La plainte, datée du 2 avril, met en cause la famille Mikati et son patrimoine en France, jugé considérable. Le magazine Challenges avait révélé en 2024 l’existence de plusieurs biens immobiliers sur la Côte d’Azur, dont un ensemble de trois villas contemporaines à Saint-Jean-Cap-Ferrat, estimé à plus de 50 millions d’euros. Les plaignants demandent à la justice de s’interroger sur l’origine des fonds et les conditions dans lesquelles ces acquisitions ont été réalisées.
Najib Mikati, dont la fortune familiale est évaluée à environ 2,8 milliards de dollars par Forbes, a fermement démenti les accusations. Ce très proche d’Emmanuel Macron dont il avait le soutien ferme au Liban indique dans un communiqué transmis à la presse, qu’il dénonce une « campagne médiatique » visant à « insulter » son nom et celui de sa famille, assurant que son patrimoine avait été constitué « de manière transparente et légale ».
Sherpa et ses avocats, Me William Bourdon et Me Vincent Brengarth, associés au sein du cabinet Bourdon & Associés, estiment cependant que l’affaire dépasse largement le seul clan Mikati. « C’est une étape décisive dans la lutte contre l’impunité de ceux qui, depuis des années, mettent la main sur les ressources publiques du Liban et meurtrissent l’État de droit », a expliqué William Bourdon à L’Orient-Le Jour. Il souligne que le Parquet national financier a prêté une attention particulière « au recours quasi systématique du clan Mikati à des sociétés offshore », souvent en lien avec d’autres réseaux.

L’avocat ajoute que « nul ne peut douter de l’intensité et de la qualité des éléments probatoires » transmis par Sherpa et son cabinet, assez solides pour franchir « le seuil des présomptions » et justifier l’ouverture d’une enquête. Les investigations, confiées au service déjà chargé du dossier de l’ancien gouverneur de la Banque centrale libanaise Riad Salamé, pourraient mettre en lumière des « connexions entre les deux clans (Mikati–Salamé) : services rendus, flux financiers illicites, abus de pouvoir commis de concert ».
«Ces investigations qui ont déjà commencé à Monaco et au Liban et qui n’ont pas abouti du fait que la justice libanaise n’a pas répondu à la demande d’entraide judiciaire provenant de Monaco ; et au Liban à la honte des juges libanais qui ont essayé de contrecarrer le déroulement du procès sous des prétextes soi-disant juridiques qui ne tiennent nullement, pour protéger comme toujours les puissants au détriment du droit. L’ex-procureure générale Ghada Aoun, la célèbre juge anticorruption libanaise, travaillait sur le dossier depuis plusieurs années. Entrevue a recueilli en exclusivité sa réaction. Grand hommage à la justice française et grand hommage à Maître Bourdon et à tous ceux qui l’ont aidé. Et grand hommage à la France, la protectrice des droits. En attendant que toute la mafia libanaise responsable de l’effondrement de l’État et du peuple libanais soit un jour jugée et mise à jour. Et merci mon Dieu. »

Plusieurs enfants des frères Mikati sont aussi visés comme de potentiels receleurs de l’argent supposément blanchi. Les associations plaignantes sont déjà à l’origine de l’enquête autour de l’enrichissement de l’ancien dirigeant de la banque du Liban, Riad Salamé. Une information judiciaire est en cours à Paris et Riad Salamé fait l’objet d’un mandat d’arrêt international, tandis que son frère Raja Salamé a été mis en examen. Ils contestent fermement les faits.
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