Shein, Temu, et tous les géants de la fringue à prix cassé sont dans la ligne de mire. Ce lundi soir, le Sénat entame l’examen d’une proposition de loi destinée à freiner l’avalanche textile bon marché qui envahit le marché français. Objectif : mettre au pas une industrie aussi polluante qu’opportuniste. Définition légale de la fast fashion, obligations pour les plateformes, sanctions financières ciblées : le texte, porté par la députée Horizons Anne-Cécile Violland, veut frapper fort. Mais ses contours évoluent déjà sous la pression. Adoptée en mars 2024 par l’Assemblée, la loi a traîné un an dans les couloirs du Sénat. Pendant ce temps, le phénomène, lui, n’a cessé de croître. Chaque année, plus de 3,2 milliards de vêtements sont mis en circulation en France. Trente-cinq pièces par seconde. À l’heure des collectes solidaires saturées et de la planète en surchauffe, le timing ne fait plus débat. Le contenu du texte, en revanche, oui.
Des règles floues, des lobbies présents
Le cœur de la loi repose sur un système de bonus-malus indexé sur l’impact environnemental des marques. À l’Assemblée, ce malus était lié à une notation basée sur « l’affichage environnemental ». Trop flou, trop récent, selon le Sénat, qui a préféré des critères liés à la durabilité réelle des produits et aux pratiques commerciales des plateformes. En clair : cibler les mastodontes asiatiques sans pénaliser les acteurs européens. Mais ce recentrage inquiète les ONG. La coalition Stop Fast Fashion, qui regroupe Emmaüs, France Nature Environnement ou encore Les Amis de la Terre, redoute une loi vidée de sa substance. Et les tensions montent : deux associations ont récemment saisi la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) pour réclamer un contrôle sur le lobbying de Shein, accusée d’irrégularités. Le gouvernement, lui, se dit favorable à l’interdiction de la publicité pour les enseignes visées — une mesure que la majorité sénatoriale a déjà tenté d’écarter. Reste une inconnue : les parlementaires auront-ils le cran de résister à la tentation du compromis creux ? Pour la sénatrice Nicole Bonnefoy, il y a urgence à ne pas céder à ce qu’elle appelle une « régression environnementale sourde mais constante ». Dans les travées du Sénat, le vrai combat de style commence.