La Géorgie jette un troisième chef de l'opposition en prison, la dérive autoritaire inquiète
La Géorgie jette un troisième chef de l'opposition en prison, la dérive autoritaire inquiète

La répression politique s’intensifie en Géorgie avec l’incarcération vendredi de Nika Gvaramia, figure de l’opposition et chef du parti pro-européen Coalition pour le changement. Placé en détention provisoire pour une période pouvant aller jusqu’à neuf mois, Gvaramia devient le troisième dirigeant de ce mouvement à être emprisonné, sur fond de tensions croissantes entre le gouvernement et les forces pro-démocratiques du pays.

L’arrestation de Gvaramia fait suite à son refus de coopérer avec une commission parlementaire qui enquête sur les agissements supposés de l’ancien président Mikheil Saakashvili, actuellement détenu. En refusant de comparaître, l’opposant s’expose à une peine pouvant aller jusqu’à un an de prison. Mais selon ses soutiens, cette convocation n’est qu’un prétexte dans un climat où la répression des voix dissidentes s’est considérablement durcie depuis les élections controversées d’octobre dernier.

Absent de son audience au tribunal, Gvaramia s’est volontairement présenté à la prison avant même le verdict, un geste interprété par son parti comme une dénonciation de la partialité de la justice. Dans un message publié sur Facebook, il a affirmé : « Pas un pas en arrière ! Notre patrie est derrière nous ! L’oligarchie doit tomber ! Gloire à la Géorgie ! »

Ce nouvel emprisonnement s’ajoute à ceux de Zurab Japaridze et Nika Melia, deux autres figures de la Coalition pour le changement, déjà incarcérées pour des motifs similaires. Le gouvernement, dominé par le parti Rêve géorgien, rejette les accusations de dérive autoritaire, mais plusieurs organisations internationales et instituts de sondage occidentaux évoquent des élections entachées de fraude et une justice instrumentalisée.

Ancien ministre et entrepreneur médiatique, Gvaramia avait déjà été condamné à une peine d’un an en 2022 pour abus de pouvoir, une affaire qualifiée de politiquement motivée par de nombreux pays occidentaux. Son cas illustre le glissement inquiétant de la Géorgie, jadis perçue comme l’un des États post-soviétiques les plus engagés dans les réformes démocratiques.

Depuis deux ans, le pays semble s’éloigner de l’Occident, renforçant ses liens avec la Russie et adoptant des lois jugées répressives par ses critiques. Bidzina Ivanishvili, milliardaire et ancien Premier ministre, considéré comme l’homme fort de la politique géorgienne, a multiplié les déclarations contre l’opposition et annoncé son intention de durcir encore davantage le cadre législatif.

Dans le même temps, plus d’une douzaine de militants, journalistes et responsables politiques ont reçu des convocations judiciaires pour avoir, selon les autorités, insulté des députés du parti au pouvoir. Un jeune manifestant de 21 ans a été condamné jeudi à quatre ans et demi de prison pour une agression présumée contre la police, une affaire que les ONG qualifient de « montée en épingle ».

Partager