Le gouvernement italien s’apprête à relancer un projet emblématique et longtemps controversé : la construction d’un pont reliant la Sicile au continent. Le ministre des Infrastructures, Matteo Salvini, a affirmé lundi que les travaux pourraient débuter dès l’été 2025, relançant ainsi un chantier maintes fois repoussé au cours des dernières décennies. L’objectif affiché est de désenclaver le sud du pays et de stimuler son développement économique, malgré les nombreuses critiques.
Abandonné en 2013 pour des raisons budgétaires, le projet refait surface avec l’appui du gouvernement dirigé par Giorgia Meloni. Une enveloppe de 13,5 milliards d’euros a été allouée à cette infrastructure colossale. D’une longueur de 3,6 kilomètres, dont une travée centrale de 3,3 kilomètres, le pont permettrait de relier la Calabre à la Sicile, remplaçant la traversée actuelle par ferry du détroit de Messine. Il serait construit par un consortium mené par l’entreprise italienne Webuild, en attente d’un ultime feu vert d’un comité d’État chargé des infrastructures stratégiques.
Le projet n’est pas sans soulever de vives inquiétudes. Certains dénoncent son coût faramineux, son impact sur le paysage et son implantation dans une zone à forte activité sismique. D’autres pointent le risque élevé d’infiltration mafieuse, les organisations criminelles comme la Cosa Nostra et la ‘Ndrangheta étant très actives dans cette région. Salvini a répondu aux critiques en promettant que le pont serait construit avec les plus hauts standards de sécurité, et en refusant de « capituler » face aux menaces de criminalité organisée.
Matteo Piantedosi, ministre de l’Intérieur, a indiqué qu’un organe spécialisé supervisera les entreprises impliquées, avec une attention particulière portée aux secteurs sensibles comme l’élimination des déchets. Ces mesures visent à rassurer l’opinion publique et les observateurs internationaux sur la capacité de l’État italien à protéger ce chantier stratégique contre les dérives.
Soutenu par ses partisans comme une opportunité historique pour moderniser les infrastructures du sud de l’Italie, le pont est vu par ses détracteurs comme un projet coûteux et inutile. Reste à savoir si l’Italie parviendra cette fois à faire sortir ce chantier titanesque de terre, après des décennies de débats, de renoncements et de controverses.