François Bayrou joue sa survie : ce qu’il faut retenir de son entretien choc sur BFMTV-RMC (capture BFMTV)
François Bayrou joue sa survie : ce qu’il faut retenir de son entretien choc sur BFMTV-RMC (capture BFMTV)

À moins d’une semaine du vote de confiance à l’Assemblée nationale, François Bayrou joue sa survie politique. Invité de RMC-BFMTV ce mercredi matin, le Premier ministre a tenté de défendre son projet budgétaire et son cap réformateur, tout en ouvrant la porte à des compromis. Mais à mesure que l’échéance approche, le sentiment domine qu’il avance déjà en terrain miné, sans véritable majorité pour le soutenir.

L’homme du Béarn n’a pourtant pas renoncé à son optimisme. « Il y a un défaut que je n’ai pas, c’est d’être défaitiste », a-t-il lancé, en se présentant comme un chef de gouvernement lucide mais déterminé. Pour lui, la dette publique, qu’il qualifie d’« hémorragie », impose un effort national de 44 milliards d’euros. Ce plan, dévoilé en juillet, repose notamment sur une « année blanche fiscale », un gel des prestations sociales et, surtout, la suppression de deux jours fériés, mesure devenue le symbole de son impopularité.

Un Premier ministre qui vacille entre fermeté et ouverture

Conscient du rejet massif de cette idée, Bayrou a cherché à montrer sa souplesse : « Je renonce dès l’instant où nous aurons trouvé une alternative », a-t-il concédé, précisant que cette mesure ne représentait que 10 % de l’effort budgétaire. En coulisses, il admet que d’autres pistes avaient été envisagées, comme le passage aux 36 heures hebdomadaires. Mais le dilemme reste entier : comment dégager 4 milliards d’euros sans heurter ni les Français ni les députés qui devront voter la confiance ?

Dans le même temps, le Premier ministre assume le durcissement de l’aide médicale d’État (AME), destinée aux étrangers en situation irrégulière. Le panier de soins sera restreint, au nom du « bon sens ». Bayrou reconnaît d’ailleurs que cette orientation rejoint les revendications du Rassemblement national, preuve de son pragmatisme mais aussi d’un glissement politique assumé : « On ne peut pas demander aux Français de faire des efforts sans associer les étrangers », justifie-t-il.

La solitude d’un chef de gouvernement sans majorité

À l’approche du vote de confiance du 8 septembre, François Bayrou multiplie les rencontres avec les chefs de partis. Mais les signaux sont défavorables. Le RN et LFI veulent sa chute, Les Républicains restent méfiants, et Olivier Faure rêve déjà de lui succéder à Matignon à la tête d’un gouvernement de gauche. Bayrou se raccroche à l’hypothèse d’une abstention socialiste, tout en dénonçant la « logique risquée » de ceux qui abattent un gouvernement pour espérer ensuite en diriger un autre.

Plus largement, le Premier ministre met en garde contre l’instabilité : « Les Français veulent de la stabilité », martèle-t-il, redoutant qu’un rejet entraîne une nouvelle dissolution de l’Assemblée. Hostile à ce scénario, il rappelle que la dissolution de 2024 n’a rien clarifié, bien au contraire. Mais son avertissement sonne comme un aveu d’impuissance : il n’a ni la main sur le calendrier politique, ni la garantie d’un appui durable.

Un discours sur l’intérêt national, mais une crédibilité fragilisée

François Bayrou insiste : son projet n’est pas partisan mais guidé par « l’intérêt national ». Une manière de se poser en recours républicain au-dessus des clivages. Mais cette posture se heurte à une réalité implacable : il ne dispose pas de la force politique nécessaire pour imposer ses choix. Sa volonté de « tendre la main à toutes les forces » ressemble davantage à un appel désespéré qu’à une stratégie concertée.

À cinq jours du scrutin parlementaire, tout indique que Bayrou marche sur un fil, entre la volonté d’incarner la rigueur et l’impossibilité d’obtenir un consensus. Son interview illustre cette tension : des accents de gravité sur l’avenir du pays, des concessions tactiques sur les mesures contestées, et une défense obstinée de son projet. Mais en vérité, la question n’est plus de savoir s’il aura la confiance de l’Assemblée. Elle est déjà tranchée dans l’opinion et dans les rangs politiques. Le véritable enjeu est désormais celui de sa succession et du cap que prendra un pays plongé dans une instabilité chronique.

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