La traçabilité des automobilistes français va franchir un cap majeur. Le Sénat a voté en première lecture, fin 2025, une proposition de loi qui généralise les caméras de Lecture Automatisée de Plaques d’Immatriculation (LAPI) et prolonge la conservation des données jusqu’à douze mois, sous autorisation judiciaire. Objectif affiché : renforcer la lutte contre la criminalité, du vol aggravé au recel, en passant par l’évasion violente ou l’aide au séjour irrégulier. Résultat concret : vos plaques, et parfois l’image de votre véhicule (voire de ses occupants), pourraient être stockées bien plus longtemps qu’aujourd’hui. Pour l’État, c’est un outil précieux ; pour les conducteurs, une surveillance accrue qui interroge la vie privée. Jusqu’à présent, les LAPI, déjà déployées sur autoroutes, en ville ou aux parkings, servaient surtout à traquer les véhicules volés ou à verbaliser les infractions graves. Les données étaient effacées rapidement, en quelques semaines. Désormais, pour les enquêtes complexes, un juge pourra autoriser une conservation d’un an. Le réseau, qui compte environ 650 caméras aujourd’hui, explosera : à partir de 2028, toutes les installations de vidéoprotection devront intégrer la LAPI, portant le total à plus de 5 000 dispositifs. À Paris, Lyon ou Marseille, comme dans les petites communes, vos trajets deviendront potentiellement consultables sur une année entière.
Plus de sécurité, mais à quel prix ?
Les forces de l’ordre saluent un gain d’efficacité : coordination renforcée entre police, gendarmerie, douanes et polices municipales, résolution plus rapide des délits, et prévention accrue. Un véhicule impliqué dans un vol ou une fuite pourrait être retrouvé des mois après, grâce à une simple plaque flashée. Pour l’automobiliste honnête, c’est aussi une promesse de moins de vols ou d’infractions impunies. Mais le revers fait grincer : une surveillance généralisée, où chaque déplacement laisse une trace durable. Les associations de défense des libertés, déjà sur le qui-vive avec la vidéoprotection algorithmique, craignent un détournement progressif : aujourd’hui la criminalité, demain les contraventions mineures ? La CNIL, gardienne des données, devra veiller aux garde-fous, mais l’allongement à un an, même judiciaire, ouvre la porte à une traçabilité massive. Et qui accède à ces fichiers ? Police, justice, mais aussi potentiellement d’autres services.
Un texte pas encore définitif
La proposition de loi n’est adoptée qu’en première lecture au Sénat. L’Assemblée nationale aura le dernier mot, avec probablement des amendements pour renforcer les contrôles (qui autorise ? Pour quels délits précis ?). En attendant, les automobilistes ont intérêt à connaître leurs droits : les LAPI capturent plaque, date, heure, lieu, parfois photo du véhicule. Vous pouvez demander l’accès à vos données via la CNIL, ou contester une utilisation abusive. En 2025, la France accélère sur la voie d’une société ultra-surveillée, où la plaque devient un sésame judiciaire. Sécurité renforcée ou Big Brother sur quatre roues ? Le débat est lancé, et votre trajet quotidien en est l’enjeu.