À seulement six kilomètres de la frontière russe, Agnieszka Jedruszak, 36 ans, creuse une tranchée. Administratrice de bureau et mère d’un adolescent de 13 ans, elle a choisi de suivre une formation militaire volontaire, motivée par la crainte d’une guerre avec Moscou. « Je ferais tout pour protéger mon enfant, et je voudrais me battre pour le défendre », confie-t-elle, vêtue d’un treillis et le visage peint en camouflage.
Elle fait partie des milliers de Polonais qui s’inscrivent à ces sessions d’instruction, organisées dans le cadre des efforts du gouvernement pour renforcer les rangs de l’armée avec du personnel professionnel et volontaire, dans un climat de tensions accrues avec la Russie. Ces peurs ont été ravivées cette semaine, après que la Pologne a abattu des drones russes ayant violé son espace aérien — une première pour un pays de l’OTAN depuis le début de la guerre en Ukraine.
Pour Varsovie, qui a connu des décennies de domination soviétique, l’hostilité russe reste une menace existentielle. Le Kremlin a qualifié la réaction occidentale d’« émotionnelle » et assuré ne représenter aucune menace, tout en refusant de commenter l’incident des drones.
Les formations se tiennent notamment à Braniewo, sur un terrain d’entraînement équipé de chars sud-coréens K-2, acquis dans le cadre d’un vaste accord de coopération militaire signé en 2022. Entre les forêts et les plaines sablonneuses, les volontaires s’exercent au rythme des moteurs de blindés et des ordres hurlés par les instructeurs.
Selon le colonel Grzegorz Wawrzynkiewicz, chef du Centre central de recrutement militaire, plus de 20 000 Polonais se sont déjà inscrits aux formations volontaires durant les sept premiers mois de 2025, un niveau record équivalent à celui de l’an dernier. D’ici la fin de l’année, environ 40 000 personnes devraient avoir suivi un entraînement, contre 16 000 en 2022, signe d’un engagement citoyen en pleine expansion depuis l’invasion russe de l’Ukraine.
La Pologne, qui a porté son budget militaire à 4,7 % du PIB — le plus élevé de l’OTAN — dispose désormais de 216 000 militaires actifs, ce qui la place au troisième rang de l’alliance. Pour de nombreux citoyens comme Jedruszak, cette mobilisation est aussi une façon de se préparer à « une nouvelle réalité » qui plane, selon eux, comme une menace constante.