Depuis son élection en 2022, Sabrina Sebaihi, députée EELV des Hauts-de-Seine, n’a jamais caché son attachement à ses racines algériennes. Mais à mesure que ses prises de position et ses voyages se multiplient, un malaise grandit jusque dans les rangs républicains : cette élue française agit-elle encore dans l’intérêt national, ou sert-elle, consciemment ou non, la diplomatie d’Alger ?
Ces dernières semaines, le doute n’a jamais semblé aussi légitime. Car les relations entre la France et l’Algérie traversent aujourd’hui l’une de leurs pires crises depuis vingt ans. Alger multiplie les provocations diplomatiques : blocage des laissez-passer consulaires pour les expulsions, arrestation d’intellectuels français (depuis plusieurs mois Boualem Sansal et Christophe Gleizes sont emprisonnés dans les geôles d’Alger), refus de rapatrier des clandestins et les délinquants algériens sous OQTF, et menaces à peine voilées contre Paris sur la question mémorielle. En septembre, le président algérien Abdelmadjid Tebboune déclarait encore que la France devait « cesser d’insulter la mémoire algérienne ». Dans ce climat tendu, voir une députée française multiplier les gestes d’allégeance symbolique envers le pouvoir algérien interroge profondément.
Ce jeudi 30 octobre 2025, alors que l’Assemblée nationale adoptait de justesse la résolution du Rassemblement national visant à dénoncer l’accord franco-algérien de 1968, Sabrina Sebaihi a pris la parole pour dénoncer une « chasse aux Algériens » et s’enorgueillir d’être « Française et Algérienne ». Devant la tribune, la députée a accusé le RN de « rejouer la guerre d’Algérie », tout en glorifiant sa « lignée de résistants algériens ». Un discours enflammé, ponctué d’accusations d’islamophobie et de références à Jean-Marie Le Pen, qui a fait bondir les bancs de la droite et de la majorité.
Une élue obsédée par la mémoire algérienne
Ce n’est pas la première fois que la parlementaire écologiste défend avec ferveur la mémoire du FLN plutôt que celle de la France. Présente à la Grande Mosquée de Paris lors des commémorations du 17 octobre 1961, puis dans les villes algériennes de Kherrata et Sétif en mai 2025 pour les cérémonies des massacres du 8 mai 1945, elle y a prononcé des discours à charges contre la France qualifiant ces épisodes de « crimes coloniaux » et appelant à « rendre justice aux peuples colonisés ».

La députée Française Sabrina Sebaihi à Kherrata (Algérie) pour des commémorations algériennes en mai 2025
Dans ces déplacements, souvent organisés aux côtés de parlementaires algériens et du ministre des Moudjahidines, elle apparaît régulièrement voilée lors de visites officielles à la Grande Mosquée d’Alger. Une photo prise au printemps 2025 la montre portant une abaya et un voile islamique sur le parvis du plus grand lieu de culte du pays, aux côtés de ses collègues , les députés Françaises Fatiha Keloua-Hachi et Danielle Simonnet.

Si l’intéressée affirme qu’il s’agissait d’un « geste de respect », le symbole reste celui d’une députée française se pliant volontiers aux codes du régime algérien, dont le président Abdelmadjid Tebboune entretient des liens étroits avec le recteur de la Mosquée de Paris, Chems-Eddine Hafiz.

La députée Sabrina Sebaihi le 17/10/2025 à la grande mosquée de Paris
Diplomatie parallèle ou lobbying pour Alger ?
En mai 2025, Sabrina Sebaihi s’est rendue à Alger dans le cadre d’une délégation parlementaire non officielle. Objectif affiché : « soutenir une reconnaissance claire des massacres du 8 mai 1945 » et « rétablir les canaux de communication entre la France et l’Algérie ». Mais plusieurs diplomates y ont vu une ingérence politique déguisée, tant la tonalité de ses propos s’apparentait à une diplomatie parallèle profitant au régime d’alger

Délégation parlementaire française conduite par Sabrina Sebaihi à Alger en mai 2025
Elle y a notamment salué les « efforts du gouvernement algérien pour la vérité historique » et dénoncé le « refus français d’assumer ses crimes coloniaux ». Quelques semaines plus tard, elle cosignait dans L’Humanité une tribune appelant à une coopération renforcée entre Paris et Alger, prônant « la restitution des effets personnels de l’émir Abdelkader » et « un travail de mémoire sans complaisance ».
Ces prises de position systématiquement favorables à Alger contrastent avec son silence presque total sur les provocations du régime Tebboune : détention du journaliste Christophe Gleizes, condamnation de l’écrivain Boualem Sansal, refus de rapatrier les ressortissants algériens sous OQTF… Sur tous ces sujets, aucune condamnation, pas même un mot.
Une élue française, ambassadrice de la diaspora algérienne
Depuis son élection, la députée revendique fièrement sa double appartenance. « Je suis fière de mon histoire en tant que Française et en tant qu’Algérienne », déclarait-elle récemment à la télévision algérienne, allant jusqu’à qualifier la France de « pays islamophobe » dans une interview diffusée par une chaîne proche du pouvoir d’Alger.
En 2024, elle participait au Conseil mondial de la diaspora algérienne aux côtés de Karim Zeribi, appelant à « renforcer les liens entre les Algériens de France et leur pays d’origine ». Une initiative présentée comme culturelle mais qui est en réalité un instrument d’influence de la diplomatie algérienne en Europe.

Lancement du Conseil mondial de la diaspora algérienne auquel Sabrina Sebaihi a participé
D’ailleurs, Sabrina Sebaihi est devenue vice-présidente du groupe d’amitié France-Algérie à l’Assemblée nationale. Elle en use comme tribune pour dénoncer la politique française jugée « colonialiste » et pour exiger la reconnaissance officielle de plusieurs « crimes d’État » commis, selon elle, pendant la guerre d’Algérie.
Une proximité assumée avec Alger
Son agenda public le prouve : présence systématique aux commémorations algériennes à Paris, participation à des cérémonies en Algérie, rencontres régulières avec des représentants du régime Tebboune… Sabrina Sebaihi semble davantage s’investir dans la mémoire de l’Algérie que dans les affaires françaises.
En aout 2025, lors d’un entretien au média ouvertement anti-France, TSA Algérie, elle s’en est prise directement à Bruno Retailleau, alors ministre de l’Intérieur, le qualifiant de « petit boutiquier raciste » et l’accusant de se comporter « comme un gouverneur général à Alger ». Des propos tenus dans les colonnes d’un média étranger, contre un membre du gouvernement français, et salués par la presse d’État algérienne.
Cette attitude interroge jusque dans son propre camp. Un élu écologiste confie à Entrevue, sous couvert d’anonymat : « Elle parle plus souvent d’Alger que de Nanterre. On ne sait plus si elle défend ses électeurs ou un agenda étranger. Lorsqu’elle vient à Nanterre dans sa circonscription c’est pour des commémorations algériennes »

Mai 2023 à Nanterre
Une représentante française ou un relais d’influence ?
Entre sa tribune pro-algérienne, ses déclarations hostiles à la France, ses voyages officiels non mandatés et ses participations à des événements organisés par le régime algérien, la députée Sebaihi brouille la frontière entre engagement militant et loyauté nationale.
Dans un contexte où 74 % des Français se disent favorables à la suppression des accords de 1968, son attitude choque : défendre sans nuance un État étranger au moment où celui-ci provoque Paris, emprisonne des citoyens français et refuse ses obligations internationales relève, au mieux, de la naïveté, au pire, d’une allégeance politique préoccupante.
Sabrina Sebaihi se présente comme une femme de ponts, de mémoire et de dialogue. Mais pour beaucoup d’observateurs, elle incarne désormais une autre figure : celle d’une élue française dont le cœur et le discours battent à Alger.