C’était un 23 juin : Insurrection ouvrière à Paris
C’était un 23 juin : Insurrection ouvrière à Paris

Le 23 juin 1848, des milliers d’ouvriers parisiens se soulèvent contre la fermeture brutale des ateliers nationaux, dispositifs mis en place après la révolution de février pour offrir un travail — souvent symbolique — aux chômeurs. Ces ateliers, symbole d’une République sociale naissante, sont supprimés sur décision de l’Assemblée, désormais dominée par les conservateurs. C’est l’étincelle qui met le feu aux poudres.

Dès le 22 juin, la colère gronde. Le 23, près de 20 000 ouvriers dressent des barricades dans tout Paris, marquant le début des journées de Juin, une insurrection qui durera quatre jours. Le général Louis-Eugène Cavaignac, chef des armées, reçoit les pleins pouvoirs pour réprimer la révolte. Le bilan humain est terrible : 4 000 insurgés sont tués, 25 000 arrêtés, dont 1 500 fusillés sans procès. Du côté des forces de l’ordre, environ 1 600 morts sont recensés. L’archevêque de Paris, Monseigneur Affre, venu prêcher la paix au milieu des combats, est lui-même mortellement blessé.

Des promesses trahies : la République contre ses enfants

L’insurrection de juin 1848 est le résultat d’un profond désenchantement populaire. La IIᵉ République, proclamée quelques mois plus tôt dans l’enthousiasme révolutionnaire, se détourne rapidement de ses engagements sociaux. Les ateliers nationaux, créés le 26 février, emploient bientôt plus de 100 000 personnes, mais leur inefficacité est dénoncée par les conservateurs. Derrière l’argument du coût — en réalité marginal dans le budget — se cache la peur bourgeoise de voir s’organiser une classe ouvrière politisée.

Le vote massif des campagnes lors des premières élections d’avril marginalise les ouvriers parisiens. Le 21 juin, un décret impose à des milliers d’entre eux de quitter la capitale ou de rejoindre l’armée. Refusant l’humiliation et l’exil, les ouvriers se battent pour leurs droits dans une dernière tentative de sauver la République sociale rêvée en février. Leur échec scelle une fracture durable entre la classe ouvrière et le pouvoir républicain, et marque un tournant sanglant dans l’histoire des luttes sociales en France.

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