C’est le jour J : la France reconnaît officiellement l’État de Palestine à l’ONU
C’est le jour J : la France reconnaît officiellement l’État de Palestine à l’ONU

C’est un moment que l’histoire retiendra : ce lundi soir, à New York, Emmanuel Macron prendra la parole devant l’Assemblée générale des Nations unies pour annoncer la reconnaissance officielle de l’État de Palestine par la France. Un geste hautement symbolique qui s’inscrit dans une séquence diplomatique tendue, où une dizaine d’autres pays, dont le Royaume-Uni, le Canada et l’Australie, ont déjà franchi le pas ce week-end.

Dans son discours, le président français doit rappeler que cette reconnaissance s’inscrit dans une démarche globale de paix. Elle vise à réaffirmer la légitimité du peuple palestinien à disposer d’un État, tout en isolant le Hamas, que Paris continue de considérer comme un mouvement terroriste. « La reconnaissance de l’État palestinien est une condition préalable pour arrêter la guerre », a-t-il déclaré dimanche sur la chaîne américaine CBS, martelant que l’objectif est de répondre « aux aspirations à la sécurité et à la paix des Israéliens comme des Palestiniens ».

Un geste qui divise en France et crispe au Proche-Orient

Mais ce tournant diplomatique ne se limite pas au registre symbolique : il cristallise les fractures, tant en France qu’au Proche-Orient. À Tel-Aviv, le gouvernement israélien dénonce une « récompense au terrorisme ». Benjamin Netanyahu a prévenu que « jamais un État palestinien ne verra le jour à l’ouest du Jourdain ». À Ramallah, en revanche, Mahmoud Abbas salue un pas décisif vers « une paix juste et durable ». Entre ces deux pôles irréconciliables, Paris tente de se positionner comme artisan d’une paix impossible depuis des décennies.

En France, la décision alimente des débats enflammés. À droite, Marine Le Pen et Laurent Wauquiez dénoncent une concession dangereuse, allant jusqu’à qualifier la reconnaissance de « victoire du Hamas ». À gauche, le clientélisme demeure, Jean-Luc Mélenchon et Olivier Faure crient à la victoire morale et appellent à amplifier la pression sur Israël, certains exigeant même des sanctions économiques. Au-delà de ce clivage politique, c’est la société française elle-même qui apparaît divisée, notamment autour de la question sensible des drapeaux palestiniens hissés dans certaines mairies.

Les tensions se retrouvent aussi au sein de la communauté juive française, inquiète d’une flambée des actes antisémites depuis octobre 2023. Les grandes institutions juives ont adressé une lettre ouverte au président, l’exhortant à conditionner cette reconnaissance à la libération des otages et au démantèlement du Hamas. Le Crif souligne d’ailleurs qu’à peine 29 % des Français soutiennent une reconnaissance immédiate. Emmanuel Macron, conscient de ces inquiétudes, a promis de renforcer la réponse judiciaire face à l’antisémitisme.

Reste que le geste français s’inscrit dans un mouvement plus large : en mai 2024, l’Irlande, l’Espagne, la Norvège et la Slovénie avaient déjà reconnu l’État palestinien. Selon l’ONU, 142 des 193 États membres reconnaissent désormais la Palestine, proclamée en 1988 par l’OLP en exil. L’initiative franco-saoudienne de ces derniers mois, destinée à éviter une « guerre permanente », se concrétise donc par cette parole performative qui, d’un simple discours, inscrit la Palestine dans la diplomatie française.

La question demeure : ce geste, aussi fort soit-il, changera-t-il quelque chose sur le terrain ? Rien n’est moins sûr. Israël reste inflexible, le Hamas garde des otages et poursuit ses offensives, et la communauté internationale demeure incapable d’imposer une paix durable. Mais dans l’histoire des diplomaties, certaines décisions valent autant pour leur résonance symbolique que pour leurs effets immédiats. En reconnaissant la Palestine, la France se place à nouveau dans le camp de ceux qui, de De Gaulle à Chirac, ont cherché à conjuguer indépendance nationale et engagement au service d’une paix mondiale.

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