Clap de fin pour l’un des événements culturels les plus ambitieux de la scène toulousaine. La Biennale des arts vivants Toulouse Occitanie, lancée en 2019, n’aura pas de quatrième édition en 2026. Les organisateurs ont annoncé l’arrêt du festival, invoquant le retrait des soutiens financiers publics qui permettaient jusqu’ici à cette aventure artistique collective et exigeante de se maintenir. Après trois éditions marquées par une fréquentation en hausse et un rayonnement grandissant, cette décision signe la disparition brutale d’un rendez-vous devenu incontournable.
Un festival collaboratif et foisonnant frappé par le désengagement
Pensée dès ses débuts comme une dynamique territoriale, La Biennale réunissait à chaque édition près de 40 structures culturelles de la métropole toulousaine, de l’Opéra national du Capitole à des lieux plus alternatifs comme La Grainerie, Marionnettissimo ou Le Vent des Signes. La dernière édition, à l’automne 2024, avait attiré plus de 21 000 spectateurs avec une programmation internationale rassemblant 103 artistes issus de 11 pays, répartis sur 154 représentations dans 32 lieux.
Au-delà de sa diversité disciplinaire — théâtre, cirque, danse, arts visuels, installations — l’événement se voulait un modèle de circulation des publics, un espace de rencontre entre œuvres exigeantes et accessibilité, entre territoires et esthétiques. C’est justement ce modèle écosystémique, fondé sur des financements mutualisés et une coordination transversale, qui se voit aujourd’hui fragilisé par l’abandon des collectivités territoriales. En 2024, la DRAC, Toulouse Métropole, la Région Occitanie et le Département de la Haute-Garonne avaient apporté 352 000 euros sur un budget total de plus d’un million. Faute de ces fonds, les structures partenaires ne peuvent plus garantir ni les productions ni la logistique indispensables à une manifestation de cette ampleur.
Une disparition symptomatique d’un climat plus large
La fin de La Biennale s’inscrit dans un contexte national de repli budgétaire sur la culture. D’autres territoires connaissent un sort similaire : en Pays de la Loire, le budget culturel a chuté de plus de 70 % fin 2024, et à l’échelle nationale, le Syndicat des musiques actuelles alerte sur un recul de près de 66 millions d’euros des subventions régionales en 2025.
Les partenaires de La Biennale regrettent une disparition “en pleine ascension”, alors même que le festival avait su “consolider une identité forte” en trois éditions seulement. Avec son esprit de coopération, son exigence artistique et son ouverture à l’international, la manifestation représentait une respiration culturelle et un moment de partage rare dans une époque marquée par les replis identitaires. “Ce sont tous les habitants de la métropole qui voient se fermer une fenêtre sur le monde”, concluent les organisateurs, amers.