Longtemps cantonnée aux pays anglo-saxons, Halloween a fini par s’imposer dans l’imaginaire collectif occidental comme la fête des morts par excellence. Si elle évoque aujourd’hui déguisements, bonbons et citrouilles, ses origines sont bien plus anciennes, puisant dans un passé mystique et rural. Retour sur une célébration héritée de rites celtes, réinventée par les États-Unis, et désormais adoptée à l’échelle mondiale.
Une tradition païenne exportée et transformée par l’Amérique
La fête d’Halloween trouve ses racines dans Samhain, célébration celtique datant de plus de deux millénaires, qui marquait la fin des moissons et le début de la saison sombre. Elle était aussi considérée comme un moment de transition, où les frontières entre les vivants et les morts devenaient floues. Les communautés allumaient alors des feux de joie et revêtaient des masques pour repousser les esprits errants.
Avec la christianisation de l’Europe, Samhain a été progressivement absorbée dans le calendrier religieux : au VIIIᵉ siècle, l’Église a déplacé la Toussaint au 1er novembre pour coïncider avec les célébrations païennes. En Irlande, où cette tradition est restée très vivante, les fêtes autour des morts ont continué d’exister sous diverses formes.
C’est cependant au XIXᵉ siècle, lors de la grande vague d’émigration irlandaise vers les États-Unis, que Halloween va prendre la forme qu’on lui connaît aujourd’hui. En apportant avec eux leurs rituels, les Irlandais implantent cette fête sur le sol américain. Les pratiques évoluent avec le temps : les navets sculptés de l’Europe cèdent la place aux citrouilles plus abondantes en Amérique, et les cortèges d’âmes sont remplacés par des enfants costumés allant de porte en porte en quête de friandises.
Une célébration popularisée par le cinéma et la culture de masse
Ce sont les États-Unis qui ont offert à Halloween sa dimension contemporaine et spectaculaire. Dès les années 1930, la coutume du trick-or-treat s’installe dans les banlieues, accompagnée d’une ambiance festive mêlant peur et humour. Films d’horreur, décorations macabres, bonbons industriels : tout contribue à transformer la fête en événement commercial et culturel incontournable.
La tradition finit par traverser l’Atlantique à rebours. En 1992, à Nantes, une habitante ayant vécu aux États-Unis organise la première collecte de bonbons connue en France avec des enfants déguisés, selon une enquête de Ouest-France. C’est le point de départ d’une implantation progressive dans l’Hexagone, accélérée à partir de 1997 grâce aux efforts des grandes enseignes commerciales.
Le symbole d’Halloween, Jack-o’-lantern, incarne à lui seul cette fusion des imaginaires. Inspiré d’une légende irlandaise, ce personnage maudit errant avec une lanterne creusée dans un navet est devenu une figure centrale de la fête. Aux États-Unis, sa version à la citrouille s’est imposée, jusqu’à devenir l’icône visuelle incontournable chaque 31 octobre.
Halloween est aujourd’hui célébrée bien au-delà de ses terres d’origine. De l’Amérique du Nord à l’Europe en passant par l’Asie, la fête des morts anglo-saxonne a conquis le monde, réinventant au passage la manière dont les sociétés occidentales abordent la peur, la mort… et l’humour noir.