Victimes des pesticides - un fonds d’indemnisation submergé par les demandes @pixhahive
Victimes des pesticides - un fonds d’indemnisation submergé par les demandes @pixhahive

Créé en 2019, le Fonds d’indemnisation des victimes des pesticides (FIVP) connaît une envolée spectaculaire de son activité. Selon son dernier rapport, près de 1 000 dossiers ont été déposés en 2024, soit une hausse de 43 % en un an. Dans le lot figurent 20 cas d’enfants exposés in utero, un chiffre qui a doublé par rapport à l’année précédente. Sur les 860 dossiers instruits, 752 ont donné lieu à une indemnisation. Au départ confidentiel, le FIVP est devenu un passage incontournable pour les malades cherchant la reconnaissance de pathologies liées aux produits phytosanitaires. Parkinson, cancers du sang, cancers de la prostate constituent la majorité des cas, mais les pathologies infantiles – leucémies, tumeurs cérébrales, fentes labiopalatines, troubles du neurodéveloppement – commencent aussi à apparaître. Des cas emblématiques, comme celui du jeune Théo Grataloup atteint de malformations après une exposition prénatale au glyphosate, ont largement contribué à médiatiser l’existence du fonds.

Une avancée majeure, mais des zones d’ombre persistantes

Pour l’association Phyto-Victimes, qui siège au conseil de gestion, l’explosion des demandes démontre combien ce dispositif était attendu. Avant 2020, seules 60 à 80 demandes de reconnaissance en maladie professionnelle étaient déposées chaque année. En cinq ans, ce chiffre a été multiplié par dix. Pourtant, les obstacles demeurent. L’association dénonce un déficit criant de communication : nombre de victimes ignorent encore leurs droits, et certaines doivent réclamer elles-mêmes des indemnités rétroactives non versées automatiquement. Les critiques portent aussi sur la rigidité des critères de reconnaissance. La grande majorité des bénéficiaires sont des hommes, souvent agriculteurs retraités, tandis que les saisonniers précaires et les femmes exposées restent sous-représentés. Le sociologue du travail Moritz Hunsmann, chercheur au CNRS, souligne que les carrières discontinues et les tâches morcelées des salariées agricoles rendent difficile la constitution de dossiers conformes aux tableaux officiels de maladies professionnelles.

Un dispositif à élargir face à l’ampleur des expositions

Malgré la progression du fonds, de nombreux cas échappent encore à toute reconnaissance. Des activités comme la stérilisation de matériels médicaux, le traitement du bois ou la manipulation de denrées agricoles exposent aussi aux mêmes substances, sans toujours être prises en compte. Pour les chercheurs du Giscope 84, les expositions professionnelles aux pesticides dans les services d’onco-hématologie seraient à l’origine de plus de la moitié des lymphomes ou myélomes étudiés, un taux très supérieur aux reconnaissances officielles. En somme, le FIVP a ouvert la voie à une meilleure réparation des victimes, mais il reste largement en deçà de l’ampleur réelle du problème. L’explosion des dossiers témoigne moins d’un phénomène nouveau que d’une réalité longtemps ignorée, désormais impossible à passer sous silence.

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