Un migrant afghan retrouvé noyé à Clichy, le drame d’une solitude silencieuse
Un migrant afghan retrouvé noyé à Clichy, le drame d’une solitude silencieuse

Il était 20h10, mercredi 23 juillet, quand les secours ont constaté le décès d’un homme sorti quelques minutes plus tôt des eaux de la Seine, à hauteur du quai Éric-Tabarly, à Clichy. Les pompiers, dépêchés de la caserne de Levallois, n’ont rien pu faire malgré plusieurs tentatives de réanimation. La victime, un demandeur d’asile de 34 ans originaire d’Afghanistan, logeait tout près de là, dans un centre d’hébergement temporaire de la Croix-Rouge. Son corps a été retrouvé flottant à quelques mètres seulement de son lieu de vie. L’homme vivait dans une structure d’urgence installée à Clichy-la-Garenne, une des nombreuses solutions précaires mises en place pour accueillir des exilés souvent marqués par des parcours d’une extrême violence. L’enquête ouverte pour déterminer les causes exactes du décès n’a pour l’instant permis d’écarter ni l’accident, ni le suicide.

Un geste désespéré qui n’étonne personne

Les premiers témoignages recueillis sur place convergent : l’homme était connu pour souffrir de dépression. Un mal silencieux mais ravageur, fréquent chez les exilés, comme le rappelle l’Organisation mondiale de la santé. Selon elle, les troubles mentaux, les troubles anxieux ou encore les états de stress post-traumatique sont beaucoup plus fréquents chez les personnes migrantes que dans les populations d’accueil. Ces déséquilibres sont souvent alimentés par une suite de traumatismes : guerres, traversées périlleuses, errances administratives, isolement à l’arrivée. À Clichy, personne ne s’étonne vraiment. Beaucoup voient dans cette noyade le symptôme d’un système à bout de souffle. Car même si la France a mis en place des structures spécifiques, comme l’unité parisienne du groupe hospitalier universitaire psychiatrie et neurosciences, qui accompagne depuis 2021 les migrants en situation de détresse psychique, l’offre reste dérisoire face à la demande. Et l’homme décédé n’avait manifestement pas pu bénéficier de ce type de soutien. Chaque été, la chaleur rend plus visible la misère des rues et les souffrances invisibles. La mort de ce migrant anonyme n’a pas fait grand bruit, sinon celui du fleuve qui l’a englouti. Aucun nom dans les communiqués, aucun visage dans les colonnes officielles. Juste un homme de 34 ans, seul, en exil, mort noyé à quelques mètres de son centre d’accueil.

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