Savoie : dans la prison d’Aiton, un escroc transforme sa cellule en supermarché clandestin
Savoie : dans la prison d’Aiton, un escroc transforme sa cellule en supermarché clandestin

À Aiton, en Savoie, l’univers carcéral a basculé dans un scénario digne d’une série noire. Samy R., 30 ans, multirécidiviste au casier long comme un roman, a profité de ses séjours en détention pour bâtir un empire souterrain fait de luxe, de trafics et de complicités. Avec l’aide de plusieurs surveillants, cet expert en escroquerie a transformé sa cellule en plaque tournante de contrebande.

Magret, parfums et Xbox dans la cellule

Les perquisitions ont mis à jour un inventaire surréaliste : magret fumé, parfums Dior et Yves Saint Laurent, viande séchée, pâte à tartiner interdite, téléphones en pagaille, cigarettes électroniques, consoles, manettes, blender… Une épicerie de luxe clandestine gérée depuis une cellule à la porte curieusement ouverte, avec douches en accès libre et visites entre détenus organisées par le personnel. Samy R., surnommé « l’escroc », avait ses habitudes. Il payait ses complices, détenus comme surveillants, en échange de services et de silence. Son influence, il la bâtissait sur l’argent – et sur une maîtrise consommée de la manipulation.

Séduction, corruption et surveillance contournée

Deux surveillantes sont aujourd’hui mises en examen pour corruption. L’une, séduite, se laisse photographier bras dessus, bras dessous avec lui. L’autre, en difficulté financière, a introduit drogue et téléphones contre rémunération. Une policière est également soupçonnée d’avoir transmis des données confidentielles. Toutes trois disent avoir été fragilisées, manipulées, séduites par un homme décrit comme bavard, rassurant, généreux en cadeaux… achetés avec des cartes bancaires volées. Car Samy R. n’a jamais cessé ses arnaques à distance : fleurs, chocolat, pièces détachées, mobilier, tout était commandé depuis sa cellule.

Un réseau bien rodé, des menaces à peine voilées

Le réseau allait bien au-delà de la prison. Via des applications cryptées, Samy R. envoyait des instructions, commandait des objets, et entretenait une forme de pression diffuse sur son environnement. Des surveillants ont découvert dans une cellule voisine les adresses de leurs collègues. La directrice du centre, ciblée par des menaces de représailles, a dû être mutée. D’autres personnels vivent dans la crainte de représailles ou d’expositions de leur vie privée.

Un cas emblématique de dérive carcérale

Déjà condamné pour avoir usurpé le statut de victime des attentats du 13 novembre 2015, Samy R. a trouvé en détention un terrain favorable pour continuer à tricher, corrompre et asseoir son emprise. Le juge, dans son ordonnance de février 2025, souligne qu’il « a érigé l’escroquerie en mode de vie » et s’en sert pour obtenir des avantages en prison. Au total, cinq surveillants et policiers sont désormais poursuivis à ses côtés.

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