En quelques années, Rennes est devenue un point névralgique du narcotrafic en Bretagne. Longtemps épargnée, la capitale régionale voit désormais exploser le nombre de points de deal et la violence qui les accompagne. Fusillades en pleine rue, règlements de comptes à l’arme lourde, jeunes enrôlés comme guetteurs : la loi des trafiquants s’impose dans plusieurs quartiers de la ville.
Des balles tirées jusque dans un restaurant
L’un des épisodes les plus marquants s’est produit lorsque des tirs de kalachnikov ont visé une zone pavillonnaire, avant de se prolonger jusque dans un restaurant où se trouvait un conseiller municipal. Charles Compagnon, élu d’opposition, raconte avoir échappé de justesse à plusieurs balles tirées à bout portant. Ce déchaînement de violence illustre l’emprise grandissante des réseaux de drogue. Selon la préfecture, Rennes compte aujourd’hui 34 points de deal, soit trois fois plus qu’il y a quinze ans. La quasi-totalité est concentrée dans quatre quartiers défavorisés. Les trafiquants y ont installé leurs propres règles, délimitant qui peut entrer, circuler ou filmer. Des adolescents, souvent mineurs, servent de guetteurs pour prévenir toute arrivée de la police.
Un marché en plein essor
Le trafic génère des revenus colossaux : jusqu’à 20 000 euros par jour sur certains sites. La demande ne cesse de croître, avec trois fois plus de consommateurs qu’il y a dix ans. Les clients, souvent issus de classes moyennes, commandent cannabis ou cocaïne comme on passe commande dans un supermarché, grâce à des réseaux de livraison toujours plus efficaces. Du côté des trafiquants, les « petites mains » du marché sont des jeunes déscolarisés, payés entre 100 et 300 euros par jour selon leur rôle. Beaucoup expliquent agir par nécessité, pour soutenir une famille en difficulté. Mais leur recrutement précoce alimente un cycle de violence et de dépendance économique aux réseaux criminels. Face à cette réalité, les forces de l’ordre peinent à enrayer un système désormais structuré, où l’argent facile et la peur imposent une loi parallèle dans plusieurs quartiers de Rennes.