Le campus nantais se croyait tranquille jusqu’à ce qu’un joggeur au visage banal tombe dans les filets d’une patrouille, le 14 avril dernier, le long d’une voie verte à Carquefou. Quelques minutes plus tôt, une étudiante de 23 ans, coupée dans son footing, avait repoussé un inconnu armé d’un couteau et vêtu d’un sweat vert ; l’ADN prélevé ce jour-là allait ramener les enquêteurs vers un jeune homme sans casier, parfaitement inséré, né en 2004. Après deux semaines de recoupements et de surveillance discrète, la garde à vue est tombée comme un couperet vendredi 25 avril. Face aux policiers, le suspect a reconnu d’emblée quatre agressions sexuelles commises entre novembre 2024 et avril 2025 à proximité des résidences universitaires du nord de l’agglomération. L’une d’elles, le 27 novembre, s’était muée en enlèvement : la victime, ligotée, embarquée en voiture, avait été violée dans un champ. Les trois autres attaques avaient échoué grâce aux cris ou à la fuite des étudiantes, mais l’ombre du couteau ou du cutter planait à chaque fois. À 20 ans, le prédateur présumé encourt désormais la réclusion criminelle à perpétuité. Et, dans les couloirs universitaires, la sidération le dispute à la colère.
Le loup sous le sweat vert
Comment un étudiant sans passé judiciaire a-t-il pu chasser en toute discrétion pendant cinq mois ? La réponse tient au soin maniaque qu’il mettait à masquer son visage, à changer de tenue et à frapper aux heures creuses, entre midi et deux ou à la tombée du jour. Le 17 novembre, il aurait déjà tenté de violer une joggeuse avant de prendre la fuite, ceinture à demi ouverte, sous une pluie de hurlements. Dix jours plus tard, la même méthode, mais un cran plus violent : cagoule, liens, voiture. Au retour des vacances de Noël, le 5 janvier, il brandit un cutter pour intimider une troisième cible, qui réussit encore à le faire déguerpir. À chaque signalement, le portrait-robot restait flou ; seul le fameux sweat vert revenait comme un leitmotiv. C’est justement cette pièce vestimentaire qu’ont repérée les gendarmes de Carquefou avant d’intercepter le suspect. Sans l’audace de la joggeuse du 14 avril, l’affaire aurait pu traîner des mois de plus.
Quatre dossiers, une enquête qui s’élargit
Mis en examen pour enlèvement suivi de viol avec arme, tentatives de viol avec arme, violences avec arme et visage dissimulé, le Nantais dort désormais en détention provisoire. Le parquet lance pourtant un appel : d’éventuelles victimes pourraient ne pas avoir osé porter plainte, notamment du côté de l’hippodrome ou à Savenay, à quarante kilomètres de la cité des ducs. L’instruction devra démêler le parcours d’un jeune adulte au vernis social impeccable, mais capable d’une violence méthodique. Les psychiatres se pencheront sur sa double vie, tandis que les universitaires renforcent déjà l’éclairage des allées et multiplient les rondes de sécurité. D’ici là, la peur a changé de camp : c’est au tour du prédateur présumé d’être ligoté, cette fois par la justice. Si les juges confirment les charges, la sanction promet d’être à la hauteur de l’effroi semé sur les campus nantais.