Un soir de juin à Neuilly, une attaque antisémite en terrasse a viré au geste héroïque. Le rabbin Élie Lemmel, assis devant un café de la place du marché, avait reçu en pleine figure une chaise projetée par un homme de 28 ans. L’agresseur n’a pas eu le temps de fuir : trois hommes, un commerçant du marché et deux employés du bar, l’ont intercepté avant l’arrivée de la police municipale. Mercredi soir, ils ont été décorés par le préfet des Hauts-de-Seine, au nom du ministre de l’Intérieur, pour « acte de courage et de dévouement ».
Un symbole public contre la haine
La remise de la médaille s’est déroulée sur la place même où l’agression avait eu lieu, en présence du grand rabbin de France Haïm Korsia, du président du Crif Yonathan Arfi et d’Élie Korchia, président du consistoire israélite. Pour le maire de Neuilly, Jean-Christophe Fromantin, cette distinction illustre la nécessité de répondre à « l’antisémitisme du quotidien » par l’éducation, la sécurité mais aussi les symboles. Il a d’ailleurs annoncé qu’un olivier serait prochainement planté dans la ville en hommage à toutes les victimes de la haine antisémite, une initiative directement liée à la profanation récente de l’arbre dédié à Ilan Halimi à Épinay-sur-Seine.
Des gestes ordinaires devenus exemplaires
Le préfet Alexandre Brugère a insisté sur le rôle de ces « courageux de la place du marché », décrivant des citoyens sans uniforme mais incarnant la République face à la violence. Élie Lemmel, encore marqué par l’agression, s’est dit « bouleversé par le courage ordinaire » qui lui a évité un drame. Pour remercier ses sauveurs, il leur a offert chacun un verre à kiddouch, aux couleurs bleu, blanc et rouge. L’affaire rappelle brutalement la persistance d’un antisémitisme agressif en France, mais elle révèle aussi la force de la fraternité, lorsque des anonymes choisissent de s’interposer.