Ils voulaient croire au jackpot, ils n’ont récolté que du toc. À Bobigny, onze prévenus comparaissent pour avoir orchestré une vaste arnaque autour de statuettes prétendument issues des arts premiers africains. Des copies sans valeur, vendues avec promesses de fortune à des collectionneurs crédules. L’un d’eux, Marc, sexagénaire, a déboursé 41 000 euros pour faire certifier trois objets qu’il croyait pouvoir revendre 300 000. Le tribunal correctionnel a entendu son récit ce mercredi 25 juin. Tout commence en 2018, lorsqu’il achète trois statuettes à un certain Salifou, surnommé « le notable ». Quelques mois plus tard, un autre acteur entre en scène. Souleyman P., alias « Franck Izi Hari », débarque dans ses bureaux parisiens. Il se présente comme négociateur pour un investisseur américain fortuné, prêt à racheter les pièces à prix d’or. Mais pour cela, il faut des certificats d’authenticité, des autorisations de sortie de territoire, voire des documents supposément émis par le musée de Libreville. Rien de concret ne sera jamais livré.
Une mise en scène méthodique, un engrenage implacable
Pour Marc, l’engrenage se met en route. Chaque étape nécessite un versement. D’abord quelques centaines d’euros, puis des milliers. « Quand on a déjà mis 10 000 euros, on devient aveugle », confie-t-il au tribunal. Les documents promis n’arrivent jamais ou sont des faux grossiers. Les noms de conservateurs de musée sont usurpés, y compris celui d’un directeur démissionnaire. Pendant ce temps, les escrocs multiplient les mises en scène : fausses promesses de vente, fausses expertises, fausses relances. Marc paie. Encore et encore. Il n’est pas le seul. D’autres collectionneurs, eux aussi, se sont laissés embarquer. Michel F., aujourd’hui décédé, aurait déboursé plus de 250 000 euros. Un autre homme, hameçonné dans le quartier des galeries d’art de la rue de Seine à Paris, s’est vu délester de 160 000 euros. Au total, l’escroquerie atteindrait plus de 700 000 euros, selon l’Office central de lutte contre le trafic de biens culturels (OCBC), en charge de l’enquête.
Escroquerie et blanchiment
Les objets ? De simples pièces d’artisanat, parfois vendues quelques dizaines d’euros. Les certificats ? Des faux. Les experts mandatés par les escrocs ? Inexistants. Le « rêve africain » vendu aux victimes s’effondre dans un scénario cousu de fil blanc. Et les accusés, dix hommes et une femme, sont soupçonnés d’avoir structuré cette fraude autour de liens familiaux et communautaires. Tous ou presque seraient originaires du village de Famboun, au Cameroun, connu pour sa production artistique. Ce mercredi, le parquet a requis jusqu’à 18 mois de prison ferme et 60 000 euros d’amende contre les prévenus. La procureure, Caroline Fouquet, a dénoncé une « organisation solidement structurée », masquée derrière la façade séduisante de l’art africain traditionnel. Les chefs d’accusation vont de l’escroquerie en bande organisée au blanchiment aggravé, en passant par le travail dissimulé. Les plaidoiries de la défense doivent suivre, avant un délibéré rendu à une date ultérieure. Pour Marc, l’affaire reste amère. « Salifou, je l’aimais bien. Il venait boire le café… » soupire-t-il. Le piège s’est refermé dans une ambiance de convivialité, maquillée en escroquerie. Un abus d’amitié autant qu’un abus de confiance.