Le mur du silence continue de se fissurer autour de Joël Chenal. Trois semaines après les premières révélations du Monde sur des faits de harcèlement sexuel, cinq nouveaux témoignages viennent alourdir les accusations visant l’ancien vice-champion olympique de slalom géant. Ces nouveaux récits, publiés mercredi, brossent un tableau inquiétant d’un entraîneur qui, pendant plus de quinze ans, aurait abusé de sa position auprès de jeunes skieuses, souvent mineures.
Un mode opératoire répétitif, des adolescentes ciblées
Les témoignages rapportés par Le Monde décrivent une mécanique bien rodée. Chenal, sous couvert d’accompagnement sportif, engageait des échanges privés à connotation sexuelle via les réseaux sociaux. Plusieurs victimes évoquent des demandes humiliantes et explicites. L’une d’elles, alors âgée de 13 ans, raconte avoir reçu des messages lui demandant de se filmer sous la douche. Une autre, âgée de 20 ans à l’époque, rapporte avoir perdu connaissance après une soirée passée avec le coach, en présence d’une amie de 17 ans. Toutes décrivent une même emprise psychologique, mêlant autorité sportive et manipulation émotionnelle. L’enquête indique également que Joël Chenal aurait poursuivi ces comportements jusqu’en 2021, alors qu’il était en poste dans une structure privée, Orsatus, basée à Brides-les-Bains. Le directeur de cette organisation a reconnu s’être séparé de lui après avoir découvert l’envoi de messages inappropriés à une skieuse.
Une Fédération accusée d’inaction
Au-delà des faits imputés à Joël Chenal, c’est aussi la réaction – ou l’absence de réaction – de l’institution sportive qui est désormais pointée du doigt. La Fédération française de ski (FFS) est accusée d’avoir fermé les yeux sur des alertes remontées par certains proches de victimes. Adrien Duvillard, ancien membre de l’équipe de France, déplore un manque d’écoute de la part de la fédération, à laquelle il aurait pourtant signalé des faits troublants impliquant sa propre fille. La ministre des Sports, Marie Barsacq, a affirmé avoir saisi la direction départementale jeunesse et sport de Savoie afin de diligenter une série d’auditions. Elle n’exclut pas de transmettre le dossier au procureur de la République, notamment en cas de non-dénonciation de faits connus, ce que la loi Abitbol impose aux responsables des structures sportives. La FFS a de son côté déclenché une procédure disciplinaire en interne, après avoir saisi son comité d’éthique.
Un climat délétère dans le sport de haut niveau
Ces nouveaux éléments viennent s’ajouter à une série de révélations mettant en cause le monde du sport de haut niveau pour sa gestion défaillante des violences sexuelles. Le cas Chenal, avec son profil public et son passé de médaillé olympique, illustre une nouvelle fois les failles systémiques du milieu sportif, où les mécanismes de signalement restent trop souvent ignorés ou étouffés. L’affaire est désormais entre les mains des autorités sportives et judiciaires. Si les auditions en cours confirment la véracité des accusations, l’ouverture d’une enquête pénale pourrait s’ajouter à la procédure disciplinaire déjà enclenchée. En attendant, les voix des anciennes skieuses brisent peu à peu l’omerta d’un milieu longtemps resté sourd à leur détresse.