À Mamers, petite commune de la Sarthe, la détresse d’un jeune homme s’est soldée par un drame qui aurait sans doute pu être évité. Dans la soirée du 28 janvier dernier, Estéban Vermeersch, 24 ans, appelle le Samu du Mans en proie à de graves difficultés respiratoires. Sa voix, enregistrée par le Centre-15, trahit l’angoisse : il dit qu’il n’arrive plus à remplir ses poumons, qu’il a l’impression de « respirer à moitié ». À l’autre bout du fil, le médecin régulateur tente de le rassurer et conclut à un problème musculaire. Aucun secours n’est dépêché. Quelques heures plus tard, le jeune artisan boulanger s’effondre chez lui. Son cœur lâche, terrassé par un pneumothorax. Le lendemain matin, la tragédie est irréversible. Sa famille, qui avait scrupuleusement noté ses symptômes pour les transmettre au personnel soignant, n’a pas pu empêcher le pire. Aujourd’hui, en cette rentrée 2025, elle s’apprête à déposer plainte pour homicide involontaire.
Des négligences accablantes
Selon plusieurs experts médicaux consultés indépendamment, la prise en charge a été entachée de graves erreurs. Après deux appels restés sans effet, aucune ambulance ni équipe d’urgence n’a été envoyée au domicile. Ce n’est qu’après le décès qu’a été dressé le constat : Estéban souffrait d’un pneumothorax, une affection qui nécessite une intervention rapide et dont les signes étaient pourtant évocateurs. Pour la famille, il ne s’agit pas seulement d’un accident médical mais d’une série de manquements qui ont directement conduit à la mort du jeune homme. La douleur se double d’un sentiment d’injustice : Estéban avait cherché de l’aide, mais le dispositif censé sauver des vies n’a pas répondu présent.
La confiance dans le Samu en question
L’affaire prend une résonance nationale. Dans un contexte où les Samu sont déjà critiqués pour des dysfonctionnements répétés, le cas d’Estéban relance le débat sur la fiabilité du tri des appels d’urgence. Les bandes sonores, où l’on entend le médecin minimiser la gravité de la situation, pourraient devenir une pièce centrale de la procédure judiciaire. Le parquet a été saisi et l’enquête devra établir si la responsabilité du Centre-15 est engagée. Pour les proches, la démarche est claire : il s’agit d’obtenir justice, mais aussi d’empêcher qu’un autre patient ne soit laissé sans secours malgré ses appels à l’aide. À Mamers comme ailleurs, une question brutale demeure : comment un système censé incarner la réactivité et la vigilance a-t-il pu laisser mourir un jeune homme qui disait, la veille encore, qu’il n’arrivait plus à respirer ?