En plein cœur de l’été, les quelque 200 000 abonnés parisiens de Vélib ont découvert un message peu réjouissant : le service de vélos en libre-service revoit à la hausse sa grille tarifaire. Cette décision, entrée en vigueur le 12 août, touche l’ensemble des formules et sanctionne surtout les usagers des vélos à assistance électrique (VAE). L’abonnement V-Libre, jusqu’alors gratuit, exige désormais six euros à l’inscription – un engagement annuel ponctué d’un bonus de 90 minutes pour attirer les récalcitrants. V-Plus, l’offre intermédiaire, passe de 3,10 à 4,30 euros par mois et continue d’offrir trente minutes de trajet gratuit en vélo mécanique, sans changement pour le tarif des trajets supplémentaires. Le plus gros changement frappe toutefois la formule V-Max. Ce forfait, toujours facturé 9,30 euros, permettait jusqu’ici aux abonnés de réaliser deux trajets quotidiens en VAE sans frais. Désormais, ces deux parcours coûtent 0,50 euro chacun (0,37 euro pour les jeunes et les seniors). Au-delà, chaque utilisation sera facturée deux euros par tranche de 45 minutes. Pour les titulaires du V-Max solidaire – destinés aux étudiants boursiers ou aux jeunes en insertion – le maintien de la gratuité est toutefois assuré. Selon les calculs de nombreux usagers, cette nouvelle tarification représente une hausse d’environ 15 euros par mois pour ceux qui empruntent quotidiennement un vélo électrique.
Un choc tarifaire pour des usagers déjà excédés
Cette hausse arrive au pire moment. Depuis des mois, les abonnés dénoncent la dégradation du service. Stations vides ou saturées, batteries déchargées, vélos hors d’usage : le réseau parisien souffre d’un déficit chronique de fiabilité. D’après l’Agence métropolitaine des mobilités partagées (Agemob), 3 000 vélos manquaient à l’appel en juillet 2025. Le vandalisme et le vol amputent la flotte de près de 15 % – soit 3 000 engins sur les 20 000 du parc – et fragilisent un système déjà soumis à la pression d’une demande croissante. Certains vélos désossés ou endommagés refont surface à l’étranger, tandis que les écrans d’ancrage arrachés paralysent des stations entières. À cette insécurité s’ajoutent des files d’attente aux heures de pointe et des temps de recherche qui découragent les fidèles. Dans ce contexte, la suppression des trajets gratuits apparaît pour beaucoup comme une double peine. Une abonnée V-Max confie avoir économisé près de 280 kg de CO₂ en trois ans grâce aux VAE, mais estime qu’elle devra désormais débourser près de 30 euros par mois pour un service qu’elle juge « de plus en plus incertain ». La presse spécialisée souligne que l’augmentation s’inscrit dans un climat de défiance. Il y a quelques semaines, la plateforme NLTO pointait que la révision tarifaire était annoncée « en pleine crise opérationnelle », sans amélioration visible. Aucun déploiement massif de nouvelles stations ni plan de maintenance n’a été communiqué pour compenser la hausse des prix. Les élus locaux rappellent que Vélib est un service public subventionné : alourdir la facture des usagers sans renforcer l’infrastructure revient selon eux à faire payer les dysfonctionnements. Certains voient dans cette décision un coup de force avant les municipales de 2026, au cours desquelles la concession du service devra être renégociée.
Des promesses d’amélioration qui peinent à convaincre
L’opérateur Smovengo se défend. Dans un communiqué, il explique que la nouvelle tarification vise à « mieux réguler le parc » et à financer une amélioration durable de l’expérience. Des recrutements supplémentaires sont prévus pour renforcer les équipes de redistribution et de maintenance, notamment la nuit. L’entreprise promet aussi une centaine d’extensions ou de réaménagements de stations d’ici fin 2025, ainsi que l’assemblage de plus de 2 000 nouveaux vélos et la réutilisation de 260 000 pièces détachées. Le service introduit par ailleurs un bonus de 15 minutes pour les clients qui, confrontés à des stations saturées, acceptent de contacter le service client pour être redirigés vers un emplacement libre. Ces incitations, dit-on, doivent encourager une utilisation plus fluide et solidaire des vélos en libre-service. Il n’en demeure pas moins que la suppression des trajets VAE gratuits et l’introduction de frais d’inscription pour V-Libre créent un précédent. Les tarifs de Vélib restent compétitifs par rapport à d’autres métropoles, mais cette évolution risque d’encourager certains usagers à explorer les offres de concurrents, notamment les flottes privées de scooters et de vélos électriques qui gagnent du terrain à Paris. Plusieurs opérateurs, dont Voi Technology, doivent déployer leurs vélos dans la capitale dès le mois d’octobre. À l’heure où la mobilité douce est présentée comme un pilier de la transition écologique, le service historique de vélos en libre-service se retrouve à un tournant. La hausse des tarifs, combinée à la crise de disponibilité et de vandalismes, soulève des questions sur la pérennité du modèle. Les usagers, déjà échaudés par les difficultés récurrentes, attendent des preuves tangibles d’amélioration. Faute de quoi, la facture sociale et écologique pourrait dépasser largement l’augmentation de quelques centimes par trajet.