Les usines d’incinération n’ont jamais autant tremblé. Au premier semestre 2025, les explosions causées par les bouteilles de protoxyde d’azote jetées dans les ordures ménagères ont déjà égalé le total de l’année précédente, soit 250 arrêts recensés. Le Syndicat national du traitement et de la valorisation des déchets urbains (SVDU) tire la sonnette d’alarme : ce phénomène est devenu la première cause d’interruption du traitement des déchets en France et menace directement la sécurité des agents. Ce gaz, utilisé en cuisine dans les siphons à chantilly, est surtout détourné par des adolescents et de jeunes adultes pour ses effets euphorisants. Une pratique en plein essor qui a déjà valu aux hôpitaux une hausse inquiétante d’intoxications aux conséquences neurologiques parfois irréversibles. Mais l’impact ne se limite plus à la santé : les incinérateurs, confrontés à des bouteilles de plus en plus volumineuses, encaissent des déflagrations à la fois plus fréquentes et plus puissantes.
Un coût humain et financier lourd
Le président du SVDU, Grégory Richet, estime le coût de ces arrêts et réparations entre 30 et 40 millions d’euros pour 2025. Derrière les chiffres, les professionnels soulignent surtout le danger immédiat pour leurs équipes, exposées à des explosions soudaines lors du traitement des déchets. « Ces incidents constituent une menace sérieuse pour la sécurité des personnels exploitants », martèle le syndicat, évoquant un risque de blessures graves. Le problème dépasse le simple aléa technique. Les 110 incinérateurs français se retrouvent régulièrement paralysés, ce qui perturbe la gestion des déchets ménagers à l’échelle nationale. Déjà multiplié par trois entre 2022 et 2024, le nombre d’explosions continue d’exploser, confirmant une tendance durable.
Vers une régulation européenne
Pour endiguer la crise, les professionnels du secteur plaident pour des mesures fortes : installation obligatoire de soupapes de sécurité sur les bouteilles à l’échelle européenne et interdiction de leur vente aux particuliers dans toute l’Union. En France, la bataille législative est encore en cours. Le Sénat a voté en mars la pénalisation de l’usage détourné du gaz, tandis que l’Assemblée nationale s’était prononcée pour une interdiction totale de la vente aux particuliers. Deux textes concurrents sont désormais en navette parlementaire. En attendant une harmonisation, les incinérateurs encaissent les dégâts, les agents travaillent sous la menace permanente des explosions et les autorités sanitaires rappellent que derrière l’image trompeuse du « gaz hilarant », se cache une double bombe, sanitaire et industrielle.